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Monsieur
un titre qui sonne comme un accord solitaire plaqué
sur le silence a la complexité et la vérité
des autobiographies qui ne cherchent pas à restituer la linéarité
illusoire d'une vie. Une bonne cinquantaine de textes en forme de
nouvelles ou de proses poétiques, qui surgissent comme surgissent
les souvenirs, ceux de l'enfance et de la jeunesse, ceux de la nature
et du corps, ceux des liens familiaux si difficiles et des amours
si opaques, ceux des rites religieux et érotiques
«Il y a un livre qui fait partie de notre être, qui
est contenu dans notre être, et qui est le dossier de notre
être». Pour Jacques Chessex, poète et romancier
aux nombreuses uvres, Monsieur est bien ce livre
qu'évoque Henry Miller dans l'épigraphe : le suc d'une
vie, l'essence d'une écriture. Écrit pour qui, pour
quoi ? Pour «la part idéale [
], sans aucune
médiation à l'autre et à l'extérieur».
Une touffe de thym, un vallon endormi, un air de jazz, l'odeur de
Léa, la gifle d'un pasteur, les paysages urbains ou bucoliques
d'une Suisse secrète, l'urine d'une fillette sur les genoux
du petit garçon, le guet d'une fenêtre dissimulant
à peine le corps d'une voisine, les lectures de Saint Augustin,
l'exercice poétique du matin, un rêve
Autant
de tableaux fugitifs (parmi d'autres) qui se glissent et se figent
sans concessions comme des événements à la
fois menus et importants, transcrits « du rien, traces
de griffes sur la chaux blanche de la paroi », et qui
s'imposent comme la plus sincère des confessions : «
J'essaie dans ma propre vie de me défaire de ce qui n'est
pas essentiel. Je fais le vide. Il y a beaucoup d'êtres qui
sont tombés de ma balance, beaucoup de choses inutiles. Restent
la peinture, la littérature, l'amitié, l'amour et
la préoccupation de Dieu. »
« Vive rien », ce « rien » exalté
par Flaubert, au bout duquel tout est dit. Tout ? Après des
textes sur le père et la mère, l'émouvante
« Lettre à mes fils » qui clôt le
volume l'ouvre aussi sur des vides, sur des manques à combler.
« Monsieur » est un homme qui tente, le plus exactement
possible, d'appréhender l'ambiguïté des sentiments,
des sensations et des êtres, le monde du dedans et du dehors
; Jacques Chessex lui en donne les moyens, dans les ombres et dans
l'éclat de son écriture.
Jean-Pierre
Longre
(décembre
2001)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Grasset
http://www.edition-grasset.fr
http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_chessex2.htm
http://bml2.lausanne.ch/Chessex.html
http://www.culturactif.ch/ecrivains/chessex.htm
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