|
Le
deuil impossible
La construction
narrative impeccable de ce beau roman est le signe indéniable
d’une intéressante réflexion préliminaire
de la (prolifique) romancière australienne, qui donne ici
la parole à Sara, une adolescente perturbée par des
événements sur lesquels elle n’a que peu de
prises : au centre du récit, la disparition brutale de Mel,
sa sœur aînée, une jeune fille à qui tout
semblait réussir, jolie, paisible et sans histoires.
 |
Mel
a disparu subitement, en plein jour, alors qu’elle faisait
quelques courses au supermarché ; et la police a beau
enquêter, chercher des témoins, des suspects
ou même un cadavre, leur investigation arrive bientôt
au point mort. Sara, de son côté, échafaude
de multiples hypothèses qu’elle confie à
son père (elle vit avec lui sur la ferme familiale
depuis que sa mère est partie habiter en ville, non
loin de chez Mel.), en vain. Le petit ami de Mel a-t-il commis
un crime passionnel ? A-t-elle été enlevée
? Son existence bien rangée dissimulait-elle des recoins
secrets, des territoires insoupçonnables ? Aurait-t-elle
délibérément choisi de s’enfuir
? Mais pour quelles raisons ? Et le mystère de s'épaissir
tandis que Sara et ses parents s'efforcent de continuer à
vivre...
|
Le
trouble de Sara est si intense qu’elle se met à écrire
à cette sœur qu’elle croyait bien connaître
– des lettres qu’elle ne peut envoyer mais qui lui permettent
de revenir sur la relation plutôt superficielle, teintée
d’une ancienne jalousie , qu’elle entretenait avec cette
sœur en définitive bien énigmatique. C’est
ainsi que son récit rétrospectif, déroulé
sur plusieurs années d’espoirs avortés, est
ponctué de passages épistolaires où Sara ouvre
enfin son cœur et offre son amour à une impalpable absente.
Démarrant
comme un thriller, s’achevant sur une note en suspens, Où
que tu sois… dévoile un parcours individuel
précocement malmené par l’expérience
décisive d’une perte irréparable, dont jamais
le récit ne s’écarte : une absence à
l’image d’une « plaie profonde et vilaine
», qui se transforme peu à peu en « cicatrice
», certes estompée, mais à jamais présente.
On lit avec plaisir ce roman sensible de Jackie French, déjà
remarquée en France pour, entre autres, La fille
du dictateur (Castor poche, 2004).
Blandine
Longre
(nov. 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.castorpoche.com/tribal.php
http://www.jackiefrench.com/
http://www.harpercollins.com.au/jackiefrench
|