Les enfants d’Izieu
(Syros jeunesse, 2004)
A partir de 10/11 ans

 

Les enfants d’Izieu est la réédition d’un texte de Rolande Causse, paru en 1989. Cet ouvrage est composé de trois parties : Les enfants d’Izieu-poème, puis Les enfants d’Izieu-opéra, et en troisième partie, des repères chronologiques depuis la montée du nazisme jusqu'à nos jours.
Dans cette maison de l’Hérault qui les accueille, ces enfants réfugiés « pleurent, bavardent, chantent… ». De leurs drames « certains soirs ils étaient chagrins Mais le jour ils étaient vifs, braves, forts ». Ces 44 enfants, de quatre à dix-sept ans, nous sont présentés nommément, «Charles, Nina, Hans, Liane, Max, Paula…» ainsi que Sabine et Miron les fondateurs, les monitrices Léa, Lucie, Mina. Le jeudi 6 avril 1944, des hommes entrent et infiltrent la peur, ce ne sera qu’ordres et menaces : « Suivez-Nous…Schnell / Vite / Schnell / Vite ». La maison est saccagée, les trésors volés «secrets arrachés», les enfants «poussés, jetés, entassés» dans les camions. L’auteur revient sur les lieux du drame avec les mots de l’absence, le chien «Tommy, qui rôde et cherche leur éblouissante présence», Hélène et Berthe qui espèrent leurs frères.

Dans le convoi commencent les « Pourquoi ? », litanie envahissante. L’auteur répond « Parce qu’ils étaient nés juifs On les enfermait dans des camps On les entassait dans des trains …On ne sait ce qu’ils devenaient ». Les enfants font entendre tour à tour leur voix, petites lueurs de vie ;dans l’effroi, Hans dit « Maman, Maman dès que je pourrai je t’écrirai, je t’enverrai un dessin… », Sarah se répète inlassablement « Au malheur de mes onze ans ». L’angoisse a remplacé la légèreté. Arrivés au camp d’Auschwitz, « l’enfance s’efface » tel un rêve ancien, ces enfants deviennent « des enfants morts », « Sans corps Sans squelette Sans trace Sans tombe Sans deuil ».
Léa, la monitrice, fut la seule survivante de ce cauchemar exterminateur.

En deuxième partie, l’Opéra, un livret de Rolande Causse, revu avec le metteur en scène Alain Ollivier, sur une musique de Nguyen-Thien-Dao, composé d‘une récitante, d’éducateurs, d’un chœur d’enfant, et de gestapistes. Ce livret enrichit le texte car il est vu sous un angle différent, les enfants parlent à la première personne, et les interlocuteurs prennent la parole. Quant aux repères chronologiques de fin d’ouvrage, ils apportent des éléments essentiels, des rappels plus ou moins connus, indispensables à une totale compréhension du contexte de l’époque. Quelques exemples : « 24 oct.1940 à Montoire, poignée de mains entre Pétain et Hitler qui scelle la politique de collaboration entre la France et l’Allemagne nazie » ; « avril 1943, Création de la maison d’Izieu, la ration hebdomadaire de viande est de 120 grammes » ; « 26 déc.1964, Le Parlement français adopte à l’unanimité une loi sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité »…

L’écriture poétique de Rolande Causse applique un baume réparateur sur ce drame historique. Les temps utilisés, de l’imparfait au présent, sont autant de variations, de tempêtes sur des drames intérieurs qui reviennent par vagues, conjugués à tous les temps. Le récit est construit chronologiquement du 6 avril au 30 juin 1944, dans l’avant, le pendant et l’après. Avant il y avait la Vie, après il y a la Mort. Le texte est ponctué de scansions, de répétitions, comme une complainte proche du langage enfantin. Certains mots résonnent encore longtemps après les avoir lus…

Comme le rappelle la dernière page du livre, l’association du Musée-Mémorial d’Izieu a acquis la Maison d’Izieu en 1990, et évoque le souhait que les nombreuses visites engendrent un «devoir de mémoire et un appel à la vigilance».
A lire également, Oradour la douleur, paru en 2001 chez Syros Jeunesse, avec la même collaboration auteur-illustrateur, Rolande Causse / Georges Lemoine, dont les aquarelles poétiques sont bouleversantes.

Cendrine Genin
(mai 2004)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

http://www.izieu.alma.fr/

http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Lemoine&surname=Georges

http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Causse&surname=Rolande