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Ivo Michiels,
né en 1923, est considéré comme un maître
en écriture par la jeune génération des écrivains
flamands. Auteur de scénarios de cinéma (Femme
entre chien et loup d’André Delvaux, d’après
son propre roman), d’un Journal brut (deux tomes
publiés en français chez Actes Sud en 1987 et 1990),
et surtout de cycles romanesques dont on commence à pouvoir
lire quelques échantillons en français, il éprouva
à l’égard de Samuel Beckett une admiration dont
témoigne un ensemble de pièces radiophoniques, Samuel,
ô Samuel (1973), « S.O.S. » littéraire
et vocal lancé sur les ondes.
Beckett considérait
ainsi Orchis Militaris : « le livre le plus accompli quant
à la forme, que j’ai lu en 1969 ». Il était
donc juste que ce roman, publié en flamand en 1968 et formant
l’une des cinq parties du Cycle Alpha, fût
enfin traduit en français, ce dont on peut être reconnaissant
aux éditions Comp’Act et au traducteur Koenrad Tommissen.
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A
priori, cette écriture des années 1960 pourrait
faire penser à ce qu’on appelé en France
le « Nouveau Roman » (le parrainage et les appréciations
de Beckett n’y seraient pas étrangers) : structure
cyclique ou hélicoïdale, esthétique de
la répétition, récit tirant au moins
autant du côté poétique que du côté
narratif... Mais le caractère expérimental de
cette prose répond à une idée et à
une technique répandues par le futurisme, celles du
simultanéisme. Dans ce chant de la guerre (thème
constant chez Michiels), l’auteur détourne l’esthétique
développée par Marinetti selon laquelle «
la guerre est belle » : l’orchis militaris, espèce
d’orchidée que l’on appelle en néerlandais
« petit soldat », figure la beauté militaire,
mais une beauté qui n’occulte pas la souffrance
universelle.
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On assiste en
quelque sorte à une tentative globalisante d’épuisement
du thème, par le ressassement des faits, gestes et paroles
de violence et de douleur, la répétition, figure musicale
s’il en est, donnant à l’écriture une
tonalité tendant à l’envoûtement. Roman
musical, poétique, chant du monde belliqueux et souffrant,
sans héros ni victime nommés, où tous sont
héros et victimes.
Pour les
rééditions à venir, que l’on espère,
adressons une requête au traducteur et aux correcteurs : que
soient supprimées les trop nombreuses coquilles et fautes
d’orthographe qui, par leur accumulation, agacent le lecteur
et faussent forcément son cheminement le long des variations
du livre.
Jean-Pierre
Longre
(mai 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.lettresfrontiere.net/compact_texte.htm
http://www.librairie-compagnie.fr/pays_bas/auteurs/m/michiels.htm
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