Le droit de choisir
l’IVG en France et dans le monde

Catherine Gentile
Syros, collection Femmes ! avec Le Planning Familial, 2008

 

 

Tour d’horizon

Après Si j’étais présidente (Des femmes en politique) et J’appelle pas ça de l’amour (la violence dans les relations amoureuses), deux ouvrages d’Agnès Boussuge et Elise Thiébaut, la collection Femmes ! dirigée par Philippe Godard s’enrichit d’un nouveau titre, cette fois consacré à l’avortement. Un ouvrage qui retrace l’histoire d’une pratique longtemps illégale en France, ce qui n’empêchait pas les femmes d'y recourir, à leurs risques et périls. Catherine Gentile dresse un bilan éclairant sur cette intervention médicale qui est un droit en France depuis l’adoption de la loi Veil en 1976, une conquête indéniable, contre laquelle certains continuent pourtant à s'ériger. Une position dogmatique qu’on aura encore davantage de mal à tolérer après avoir lu les témoignages de femmes qui ont toutes avorté avant 1976, soit seules, soit en faisant appel à des « faiseuses d’anges », soit à des médecins qui pratiquaient cette opération en toute clandestinité. Ces récits, qui ouvrent l’ouvrage (extraits du film documentaire de Philippe Baron, Neuf récits d’avortement), répondent ainsi à plusieurs questions que l’on pourrait encore se poser (Qu’en était-il avant cette loi ? Comment se déroulaient les avortements clandestins ? Dans quelles conditions ?), tandis que l’entretien avec Anne Besnier, gynéco-obstétricienne, permet d’apprendre que « les taux d’avortements n’ont pas beaucoup changé » depuis la loi Veil ; la praticienne constate aussi que les tabous tombent peu à peu (les femmes qui avortent se sentent moins stigmatisées, subissent moins de pressions et évacuent plus facilement la culpabilité qui accompagnait cette démarche) ; elle insiste aussi sur le fait que son « rôle n’est pas de juger », mais d’accepter la décision des femmes qui viennent la voir : « il ne faut pas chercher à comprendre. Je n’ai jamais essayé de décourager une femme de faire une interruption de grossesse. Elles ne viennent jamais me voir à la légère. »

Dans la partie « Documents », l’auteure propose plusieurs chapitres : définir l’avortement (dans les termes et la pratique), retracer l’histoire de cette intervention (avant et après la loi Veil) et l’évolution des lois successives en France. Elle aborde aussi la situation dans divers pays de l’union européenne (les femmes n’ayant pas les mêmes droits dans tous les pays...) ainsi que dans le reste du monde : « Là encore, les femmes du monde sont loin d’être à égalité et ne bénéficient guère des mêmes droits ni des mêmes conditions. » Chiffres à l’appui, Catherine Gentile propose un panorama complet des différentes situations, tout en insistant par exemple sur les dérives qui existent en Inde ou en Chine, où l’échographie, détournée de son objectif purement médical, sert d'abord à déterminer le sexe de l’enfant, incitant les familles à faire avorter les femmes (quand elles ne le décident pas elles-mêmes) qui porteraient des filles – d’où un déséquilibre démographique qui s’accentue (92 filles naissent pour 100 garçons, et 119 garçons naissent pour 100 filles dans l’un et l’autre pays).

Enfin, même si les femmes qui le souhaitent avortent en France en toute liberté, selon le principe du droit à disposer de son propore corps, des menaces, certes minoritaires mais qu’il serait peu judicieux d’occulter, pèsent encore sur cette pratique ; en particulier les pressions de certains mouvements religieux (tous dieux confondus…), auxquels un chapitre est consacré («Avortement et religion ») ; et l’auteure de conclure : « Une fois de plus, dans le domaine des droits des femmes, la plupart des religions sont un moyen de contrôle, un frein à leur émancipation, un relais de la transmission des rapports de domination qui les empêche de librement disposer de leur corps, de choisir le moment où elles auront un enfant. »
Un ouvrage indispensable, particulièrement bien documenté, qui fait le tour de la question et qui devrait devenir une référence en la matière.

B. Longre
(mai 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

http://www.syros.fr

http://www.planning-familial.org/
Le mouvement français pour le planning familial est une association qui a pour objectif d’être un lieu de parole concernant la sexualité et les relations amoureuses, afin que chacun-e, hommes et femmes, jeunes ou adultes, les vivent dans le partage, le respect et le plaisir.

derniers articles