When we were orphans
(2000, Faber and Faber)
Quand nous étions orphelins
(Calmann-Lévy, 2001)

 

Christopher Banks, célèbre détective anglais des années trente, se souvient ; son enfance à Shangai dans le quartier international, son ami japonais Akira, son "oncle" Philippe et la seule affaire qu'il n'a jamais pu encore résoudre : la disparition subite de son père, puis celle de sa mère, une affaire qui, à l'âge de dix ans, l'obligea à partir pour l'Angleterre, terra incognita.
Peu à peu, les évocations se font plus vivaces et minutieuses, des visages oubliés réapparaissent et les souvenirs associés à l'enlèvement de ses parents s'ajoutent les uns aux autres pour former un vaste puzzle auquel il manque pourtant des pièces. Christopher est alors persuadé que seul un séjour à Shangai, à la veille d'un inévitable tumulte planétaire, peut lui permettre d'enfin retrouver ses parents.
Que l'on ne se méprenne pas : le narrateur a beau être un irréprochable détective dans la lignée d'un Hercule Poirot, en apparence perspicace, et sachant ménager un suspense théâtral, ce roman n'a rien de policier ; c'est plutôt un récit rétrospectif, une exploration du souvenir et une réflexion sur sa valeur et sa fonction. A Shangai, la mémoire de Banks semble soudain défaillante : il ne reconnaît plus bien sa ville natale et le quartier international lui paraît être un univers artificiel dans lequel s'agitent diplomates et financiers de pacotille qui ne contrôlent plus les événements, un monde où tout n'est qu'amusement, peu dérangé par les échanges guerriers entre Chinois et envahisseurs Japonais qui se déroulent tout près.
Et Banks continue d'enquêter, se fiant à des souvenirs érodés par le temps, s'égarant peu à peu dans le labyrinthe de sa mémoire, tout comme il se perd dans le dédale des ruelles chinoises, dans un quartier où il est convaincu de retrouver ses géniteurs. Malgré l'apparente solidité du personnage, la spirale du souvenir (si parfaitement incarnée par la structure narrative) l'entraîne dans une illusion permanente et ce roman est aussi celui des faux-semblants, de la mémoire peu fiable et de l'enfance idéalisée, dans un monde en sursis. Sa quête ne sera néanmoins pas vaine en dépit de ses grandes espérances. En témoigne ce passage révélateur : "Une de nos poétesses japonaises (...) a écrit comment notre enfance devient un pays étranger une fois que l'on a grandi". "Eh bien, Colonel, c'est un pays qui m'est si peu étranger. (...) C'est l'endroit où j'ai continué à vivre toute ma vie. C'est maintenant que j'entame le voyage qui m'en éloignera".

Kazuo Ishiguro, romancier incomparable, auteur du très célèbre Les Vestiges du jour (Booker Prize, version cinématographique ...), déraciné notoire et britannique dans l'âme, nous livre un roman touchant et fulgurant qui s'inscrit parfaitement dans une oeuvre déjà fondamentale.

Blandine Longre
(décembre 2000)

Chine, du côté des livres

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