Irlanda
1999, Actes Sud
roman traduit de l'Espagnol
par Eva Calveyra (1998)

 


"Sagrario est morte en mai, après de nombreuses souffrances" . Les premiers mots de Natalia renferment un des thèmes essentiels de ce captivant premier roman : la longue maladie de sa soeur qui a dominé son enfance et sa mort prévisible. Natalia paraît peu affectée car Sagrario est là, parmi les fées et les esprits, apparaissant au carreau d'une fenêtre, dans un fourré ou au creux d'un arbre.
Natalia, narratrice entre enfance et adolescence, est fantasque et timide, ayant pour seule amie sa plus jeune soeur et pour unique passion un monde végétal qu'elle aime à collectionner dans un herbier monumental. Afin de l'aider à surmonter la mort de Sagrario, ses parents l'envoient passer l'été à la campagne auprès de cousins qu'elle ne connaît plus : Irlanda et Roberto, et leurs amis. Irlanda fascine Natalia : elle est belle, gracieuse et autoritaire, mais semble prendre sa cousine en affection. Puis, peu à peu, une animosité inéluctable s'établit, et Natalia se perd dans la confusion des sentiments que fait naître en elle sa cousine ; son imagination semble prendre le dessus : les esprits sont là , Sagrario en tête, qui transforment ses promenades solitaires en rituels surnaturels. Tandis qu'elle sombre dans un état proche de la folie, un huis clos asphyxiant envahit la vieille maison familiale...
L'auteur, en choisissant le point de vue d'une jeune fille en mutation qui, sous son apparente candeur, dissimule un caractère résolument maléfique, nous plonge dans un univers intérieur troublant ; le monde tortueux de son esprit chancelant, magique et enchanteur, peuplé de princesses et d'esprits errants, d'arbres griffus et hantés... A la poésie des descriptions végétales s'oppose un ton distant et réaliste qui dévoile, au détour d'une phrase, de glaçantes révélations. La prose est déliée, les phrases subtilement complexes, à l'image de l'esprit débridé de la narratrice/protagoniste.
Ce roman, loin de pouvoir figurer au rang de banals récits de puberté, est plutôt une réussite de l'imaginaire et de la terreur, révélant un sens aigu de l'observation de l'âme humaine et de ses méandres.

B. Longre

nouveau livre de l'auteur et entrevue
http://www.maslibros.com/entrevistas/7espido.htm