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SF
écolo
Mai 2098 : imaginons
une société mondiale hyper technologique, où
les satellites veillent et surveillent tout en temps réel,
où tout est relié et connecté. Il y a deux
sortes de zones, deux sortes de gens : la zone sécurisée
où l’on porte un implant, c’est là que
vivent les résidents implantés. « En zone
sécurisée, les achats, les revenus, la santé
– les humeurs même ! - des résidents implantés
laissaient toujours une trace quelque part dans les logs des terminaux
des télécom, des banques, des hôpitaux, des
administrations, des centres commerciaux sans parler de ceux de
la police et de la sécurité… » En
zone franche, par contre, les gens n’ont pas d’implant
et tout y est plus incontrôlable, opaque, dangereux, sauvage
…
Pourtant, il existe encore sur la planète quelques niches,
quelques terres où l’on peut encore respirer, où
l’on n’est relié à rien, sinon à
soi-même, au sol où l’on marche, à l’environnement
où l’on évolue, aux gens dont on est issu. C’est
le cas du territoire Inuit, où les hommes tentent de garder
la raison et de ne pas oublier d’où ils viennent ni
qui ils sont, sans rejeter malgré tout certaines avancées
technologiques.
On va suivre en parallèle deux histoires et des personnages
qui semblent à priori à des années-lumière
les uns des autres. Kisimiippunga vit en République Inuit
Indépendante et, au moment où on fait sa connaissance,
elle est seule avec son traîneau et ses chiens ; elle vient
de tuer le caribou qu’elle pourchassait sur ces terres gelées
avec les armes traditionnelles de son peuple. Elle vient de terminer
sa Première Chasse, comme ses ancêtres, et elle a donc
accompli l’un des rites essentiels dans la vie d’un
Inuit. Mais deux événements insolites viennent la
troubler : l’irruption dans son désert blanc d’un
traîneau où repose un homme blanc, inconscient et blessé
; l’annonce que son compagnon Knud, un jeune Danois adopté
par la communauté Inuit, a disparu après l’attaque
incompréhensible du parc d’élevage de narvals
que le village entretient et exploite pour sa survie.
Réunion de crise dans la zone sécurisée de
Montpellier, La Gauffre et Damien Coste, officiers de la Sécurité
Nationale, sont à la recherche d’un autre officier,
Manuel Diaz, disparu après s’être débarrassé
de son implant. On les informe aussi que l’ensemble des territoires
des Nations Premières, c’est-à-dire états
encore habités par leurs peuples indigènes, comme
le Groenland, la Laponie, l’Australie ou l’Océanie,
échappe à la surveillance des satellites mis en place
par les pays sécurisés du G5, disparaissant des cartes
établies. Diaz enquêtait sur ce phénomène.
La Gauffre et Coste mènent l’enquête, qui va
les entrainer jusqu’au Groenland, sur la piste de l’homme
que Kisimii vient de trouver et de soigner, et ils vont chercher
à comprendre pourquoi les Narvals ont une telle importance
pour les Inuit.
Lilian Bathelot
signe un bon roman de science-fiction écologique, et dépeint
un monde très nettement scindé en deux, selon des
critères technologiques bien sûr, mais aussi économiques,
philosophiques ou éthiques. Il utilise une narration très
efficace, maîtrisée, où l’on ne comprend
et n’appréhende les deux mondes que très progressivement,
par un habile jeu de récits alternés. Les personnages
qu’il met en scène sont intéressants et tous
crédibles, qu’il s’agisse de l’officier
La Gauffre, droit dans ses bottes au départ, qui refuse de
se poser des questions mais qui évoluera au fil du roman,
de Damien Coste, qui porte sur le monde un regard plus mesuré
et plus critique, de Manuel Diaz dont l’enquête l’amène
à changer radicalement d’attitude, ou de Kisimmi, la
jeune Inuit, qui est aussi chercheuse et dont les travaux très
pointus servent la cause de son peuple sans qu’elle n’en
ait conscience au départ.
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On est donc très vite happé par ce roman, par
le suspense qui ne faiblit jamais, par les thèmes majeurs
dont il est question. Le plus terrible dans tout cela, c’est
que le monde que L. Bathelot imagine n’est pas si éloigné
du nôtre. Ne sommes-nous pas des implantés déjà,
avec nos ordinateurs reliés à Internet, nos
téléphones portables, nos cartes de crédit,
de fidélité ou de sécurité sociale
alors que les femmes éthiopiennes font quotidiennement
des kilomètres à pied pour aller chercher l’eau
de la vie ?
Catherine
Gentile
(novembre 2006)
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Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://lilian.bathelot.free.fr/
www.lenavireenpleineville.fr/
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