Rétrospective Wong Kar-Wai
du 14 février au 6 mars 2001
au CNP Bellecour, Lyon.

 

Nos années sauvages
(days of being wild)

Durée: 1h33. Honk Kong, 1991.
Les cendres du temps
(Ashes of time)

Durée: 1h31. Honk Kong, 1994.
Chungking express
Durée: 1h37. Honk Kong, 1994.
Les anges déchus
(Fallen angels)

Durée: 1h36. Honk Kong, 1995.
Happy together
Durée: 1h39. Honk Kong, 1997.
In the mood for love
Durée: 1h38. Honk Kong, France, 2000.


In the mood for love

Durée: 1h38. Honk Kong, France, 2000.

Prix d'interprétation masculine
Tony Cheung, Cannes 2000
avec Maggie Cheung, Tony Leung, Rebecca Pan, Lai Chen.


Après Happy Together, Wonk Kar Waï continue à explorer les territoires amoureux et cinématographiques sur fond de musique sud-américaine. Présenté à Cannes, le film a obtenu le Prix d'interprétation masculine.
In the Mood for Love nous plonge dans le Hong-Kong des années 60. La durée du film s'étire de 1962 (période de forte immigration chinoise, notamment en provenance de Shangaï, comme ce fut le cas du cinéaste) à 1966 (année rouge de la Révolution culturelle). Le contexte historique apparaît en filigrane tout au long du film. Li Zhen Chan (Maggie Cheung) est une belle secrétaire de direction, Mr Chow (Tony Leung), quant à lui, est rédacteur en chef d'un quotidien. Tous deux sont mariés et les deux couples emménagent au même moment dans des appartements voisins.
Leurs conjoints respectifs ne nous sont cependant pas montrés, ils restent continuellement hors champ. Bientôt, Li Zhen et Mr Chow se rendent compte que leurs époux entretiennent une relation à leur insu. Cherchant à comprendre cet adultère, ils s'amusent à les imaginer et à les mimer. Ils jouent et se jouent des amants invisibles, " refusent de devenir comme eux ", soucieux de dignité et du regard des autres. Se noue alors entre eux un rapport singulier où l'amour s'installe en creux. Une forme d'amour courtois qui tente désespérément d'échapper aux modèles du mariage et des amours cachées. Un amour impossible aussi qui donne au temps présent le goût amer de la nostalgie.

Le film de Wong Kar-Wai fonctionne par petits blocs d'espace imbriqués : deux appartements qui se confondent, des rues étroites filmées la nuit et baignées d'une lumière or, les bureaux sombres et étriqués où travaillent les protagonistes. Dans un mouvement proche de la valse, les corps tournent, virevoltent à travers ces quelques lieux, dans une répétition sans monotonie. Le cinéaste filme merveilleusement ces corps presque dansants en leur imprimant un sceau de mélancolie. Les hanches de Maggie Cheung qui descend des escaliers, sont filmées au ralenti sur une musique toujours identique, sorte de ritournelle (peut-être une autre référence à l'amour courtois ?), suspension du temps et de la pensée.

A la limite parfois de l'esthétisme (ce que certains lui reprocheront), Wong Kar-Wai déploie son style particulier fait d'espaces confinés, de lumières irréelles et de jeux avec le temps ou le mouvement (ralentis, images fixes, flous, ellipses). In the Mood for Love est un film d'une beauté sombre et envoûtante.

jean-Emmanuel Denave

Sites officiels
http://www.inthemoodforlove-wkw.com/
http://www.wkw-inthemoodforlove.com/