De Xavier Chavari
avec Xavier Chavari et Bruno Durand

mise en scène Pierre Aufrey

 

du 19 au 23 janvier 2005
Théâtre Pierre Tabard Lakanal
17 rue Ferdinand Fabre
34090 Montpellier
site du théâtre


le 11 mars 2005
Colmar, théâtre municipal

 

Muse en abyme

Xavier Chavari, auteur et acteur, et Bruno Durand, “l’autre” acteur, ont fini sur les chapeaux de roue le cycle de représentations de leur nouveau spectacle, Inspirez... Soufflez !, au Ciné 13 Théâtre de Montmartre. Si leur précédent Choc frontal avait impressionné bien des zygomatiques, les deux compères confirment aujourd’hui qu’on peut être comique et intelligent, qu’on peut faire rire aux éclats sans sacrifier sa finesse d’esprit sur l’autel de la vulgarité... Bref, ces deux comédiens savent faire rire !

C’est l’histoire d’un mec... René Nuffard, histrion à succès qui subit un jour, sur scène, une véritable crise artistique : le rire est trop gras, Nuffard veut maintenant faire pleurer... Sauf que quelqu’un crie au scandale : s’ensuit un débat enflammé, une plongée rafinée, et souvent hilarante, dans les affres de l’artiste, tiraillé entre sa volonté personnelle de faire du tragique, et celle des autres : le public, qui veut rire, le producteur Monsieur Dupèze, qui a “mis des billes”, l’avocat Monsieur Bagoût, le banquier Monsieur Fouillespleines, et surtout la muse de l’artiste, qui a plus que son mot à dire...

Pour notre plus grand plaisir, le texte est très travaillé, servi par un jeu d’acteur époustouflant, et par une mise en scène amusée (de Pierre Aufrey) qui flirte de manière très réussie avec le clownesque. Les mimiques efficaces touchent au cœur des tourments de l’artiste, dans ce combat parfois violent entre comédie et tragédie. L’énergie débordante de Xavier Chavari, diabolique, tour à tour musclé et capricieux, est tout bonnement géniale, tandis que la performance plus subtile de Bruno Durand, sorte de clown tiré des Idées Noires de Franquin, ajoute encore à la qualité du texte, léché, truffé de jeux de mots et d’effets de langage.

Ça a débuté comme ça”... Au tout début, on dirait du Céline, puis Corneille mord la poussière, Pirandello passe par là, et après bien des fous rires (devant la muse bourrée au rhum, par exemple), après des effets de mise en abyme maîtrisés, le spectateur applaudit cette pièce plus aboutie que les sketches du Choc frontal, plus étourdissante, et toujours plus drôle... Remercions la muse de Xavier Chavari pour ce spectacle inspiré !

Nicolas Cavaillès
(janvier 2005)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).