Le surréalisme
est-il toujours vivant ? Toujours d’actualité ? En
tant que mouvement unique (sinon unifié), centralisé
(c’est-à-dire groupé autour d’une «
Centrale »), certainement pas. Mais à coup sûr
oui, si l’on considère la dissémination de
ses mots d’ordre révolutionnaires dans les tendances
contemporaines de l’art et de la littérature, dans
certaines attitudes politiques (au sens large du terme), voire
dans la constitution et l’existence de plusieurs groupes
qui, en une dimension internationale, se réclament directement
du mouvement d’André Breton (ou de ceux de Paul Nougé,
Achille Chavée et quelques autres) et de leur héritage.
Evidemment, il ne faut pas non plus tomber dans le défaut
consistant à voir du surréalisme partout…
Infosurr, qui «
existe grâce à la disponibilité bénévole
de ses collaborateurs et au soutien de ses abonnés »,
et qui « est édité par l’association
Infosurr 6 fois par an », livre, comme l’indique
son titre, des informations tous azimuts sur une mouvance plus
que survivante dans les arts et les lettres. Pas de papier glacé,
pas de photos en couleur, mais (sans doute d’abord faute
de moyens financiers) du texte en noir et blanc semé de
quelques illustrations aux mêmes teintes pour ces 16 pages
bien remplies qui proposent avec sérieux (ce qui ne signifie
pas forcément que les éditeurs se prennent au sérieux)
des recensions et des articles de fond. Annonces, comptes rendus,
notes critiques informent les lecteurs des publications (livres,
revues) et expositions « en France et ailleurs »,
sans négliger pour quelques-unes de ces manifestations
des impressions circonstanciées et des opinions argumentées.
Sans dogmatisme, Infosurr
« veut rester un lieu ouvert et rempli d’exigences
», donnant du surréalisme aujourd’hui l’image
plurielle qui le caractérise. La polémique, qui
l’a souvent marqué, n’est pas exclue de la
revue – et ce serait occulter l’un des signes de vivacité
du mouvement. Mais une polémique constructive, en tout
cas sans exclusives. Il s’agit par exemple, dans le n°
52, du dossier consacré à la « vente André
Breton », qui a fait l’objet de pétitions de
protestation (« André Breton : te brader, non
») et de pétitions adverses («Le grimoire
sans la formule») ; il s’agit aussi, dans le
même numéro, d’acerbes réactions à
l’ouvrage de Jean Clair Du surréalisme considéré
dans ses rapports au totalitarisme. Un bel hommage à
Noël Arnaud (1919-2003), insistant sur sa période
et sa production surréalistes (n° 51), un autre (n°
52) à Roland Giguère (1929-2003), l’un des
grands poètes surréalistes du Québec (sous
le signe graphique de qui est placée la page de couverture)
prouvent que rien n’est négligé du passé
ni des fondements du surréalisme.
S’il faut rester
à l’écoute, s’il vaut la peine de continuer
à chercher « l’or du temps »,
Infosurr peut y contribuer.
JP
Longre
(janvier 2004)