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Une
grande famille...
Le monde littéraire
islandais reconnaît en Arnaldur Indridason un excellent auteur
de romans noirs, dont deux parus en français : La
femme en vert (Métailié), et maintenant
La Cité des Jarres, une enquête
palpitante et rondement menée par l’inspecteur Erlendur
– en réalité pas aussi désordonné
ou antipathique qu’il n’y paraît, peut-être
un peu enclin à régulièrement s’endormir
tout habillé et à ne pas se soucier de sa tenue débraillée
; mais Erlendur est un investigateur efficace et cela se sait à
Reykjavik. L’atmosphère pluvieuse et franchement hostile,
ses difficultés familiales (les visites impromptues de sa
fille Eva Lind, droguée notoire) ne l’empêchent
cependant pas de rebondir avec détermination à chaque
nouvelle étape de son enquête, qui le mène dans
le passé douteux d’un dénommé Holberg,
un vieil homme que l’on vient de retrouver mort dans un appartement
humide ; un meurtre « typiquement islandais »
d’après Sigurdur Oli, collègue d’Erlendur,
« un truc dégoûtant, gratuit »…
jusqu’à ce que l’inspecteur retrouve, caché
au fond d’un tiroir, une énigmatique photographie en
noir et blanc, représentant la tombe d’une fillette
morte à quatre ans. Et tandis que ses équipiers voudraient
simplifier cette affaire, lui s’obstine et persévère,
convaincu que c’est en fouillant dans le passé que
l’on élucidera les troubles du présent.
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Trente
ans plus tôt, Holberg aurait été accusé
de viol, puis innocenté, un fait essentiel que lui
apprend Marion Briem, une collègue maintenant à
la retraite… La reconstitution du passé n’est
pas de tout repos, mais Erlendur ne cède devant aucune
difficulté, quitte à croiser en chemin nombre
d’individus peu reluisants et à bouleverser pas
mal de vies, dont la sienne : « Erlendur avait lu
un jour que le passé était une terre étrangère
et il l’avait bien compris. (…) Cependant, il
n’était pas prêt à faire table rase
du passé. » Les doutes qui peuvent l’abattre
font rarement surface, excepté lorsqu’il se confie
à Eva Lind, sa fille qui semble peu à peu se
rapprocher de lui : « Voilà le genre d’enquête
que c’est. Elle est semblable à un esprit malfaisant
qui aurait été libéré. (…)
Rien d’autre qu’un foutu marécage. »
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Le récit
connaît peu de pauses et l’enchaînement narratif,
singulièrement alerte (rien à voir avec les polars
lancinants et malhabiles du romancier suédois Henning Mankell),
fait intervenir une pléthore de protagonistes, brossant dans
le même temps une intéressante fresque de la population
islandaise, toutes classes sociales confondues. L’enquête
demeure approfondie et vraisemblable du début à la
fin et explore en particulier les relations entre parents et enfants
(un thème annoncé par les tensions qui président
à la relation entre Erlendur et sa fille), les thèmes
croisés de la filiation, de la déstructuration familiale
et de la recherche génétique — on se souvient
peut-être que le pays fait fonction de grand laboratoire dans
ce domaine, depuis l’implantation, dans les années
1990, de la société islando-américaine DeCode
Genetics, chargée de recenser, rassembler et analyser les
données génétiques et généalogiques
de tous les Islandais, une population (moins de trois cent mille
habitants, il faut le souligner) idéalement homogène
depuis la colonisation de l’île, au XIe siècle
; une expérience scientifique qui a suscité bien des
controverses depuis que le gouvernement islandais a donné
son autorisation en 1998, ce qui n’empêche pas certains
habitants d’être en totale opposition…
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L’auteur
ne donne pas ici un point de vue personnel explicite sur cette
expérimentation à grande échelle –
mais expose indirectement ses dangers potentiels mais aussi
ses bénéfices, en faisant dire à Erlendur,
qui s’adresse à l’une des responsables
du « centre d’étude du génome »
(ainsi rebaptisé dans le roman…) : « Vous
êtes les dépositaires de tous ces secrets-là.
Les vieux secrets de famille. Les tragédies, les deuils
et les morts, tout cela parfaitement classé dans les
ordinateurs. Des histoires familiales et individuelles. (…)
Vous conservez tous ces secrets et pouvez les ressortir à
volonté. »…
Blandine
Longre
(janvier 2006) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Lire
l'article de Pascale Arguedas
du même
auteur La femme en vert
- Métailié
2006
Editions
Métailié
http://www.metailie.info/
http://www.seuil.com/
http://edda.is/english/categories.asp?cat_id=564
http://www.decode.com
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