composé et réalisé par
Bruno Meyssat

20-27 novembre 2002
Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon


Durée : 1h30

 

Avec des musiques de Jean-Sébastien Bach, John Cage, Franz Schubert, Léo Ferré, Morton Feldman, Olivier Messiaen, Alfred Schnittke

Avec Gaël Baron, Sylvie Jobert, Jean-Michel Rivinoff, Marie-Lou Vrancken.

Théâtre de la Croix Rousse
Lyon 4ème


renseignements et location
04 72 07 49 50

Le travail de Bruno Meyssat est depuis vingt ans l'un des plus singuliers du paysage théâtral français. Metteur en scène reconnu et admiré, il reste un homme rare sur les plateaux. Sa démarche artistique particulière semble parfois délicate à proposer aux spectateurs. Pourtant, des enfants lui avaient décerné un prix en 1995 lors de la Biennale du Théâtre Jeunes Publics. Dans ses créations, il essaie de rendre visible le plus universel de l'homme : son rêve. Non pas ses utopies mais ses "visions", souvent à peine conscientes, qui le fondent au plus profond. Pour les retraduire, il fait appel à la matière : au grain d'objets usés par le temps, aux corps, aux sons, à des lumières crépusculaires. Bruno Meyssat est un homme de la lenteur, il chemine avec le spectateur, lui proposant l'expérience de plonger dans des contrées intimes que ne délimite aucune histoire. En ces temps d'abondance, nous voici face à un certain dénuement, obligés de nous abandonner sans retenue si nous voulons entreprendre avec lui le voyage.

chronique du spectacle

"C'est autant mon spectacle que celui des comédiens"


© Nicolas TREATT
Bruno Meyssat a composé et mis en scène cette histoire d'une plongée aux origines pour quatre frères et sœurs, rassemblés autour d'un livre. Ce spectacle, créé au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, s'appelait initialement Gruppetto, et ne durait que 45 min ; il a été enrichi d'une seconde partie : Gruppetto 1 et 2, créé à Annecy en 1999. Bruno Meyssat a retravaillé ce spectacle et c'est sa dernière version qu'il a intitulé Impressions d'Œdipe, créée au TGP en novembre 2001.

Dans Impressions d'Œdipe, Bruno Meyssat fait remonter à la surface des souvenirs d'enfance, évoque des musiques, des odeurs, des lieux, et offre un spectacle très visuel. Il résume ainsi sa pièce : " Le mouvement 1 évoque la figure et le destin d'Œdipe, avec la volonté indéfectible d'un homme de connaître ses origines. La 2ème partie est plus silencieuse. Il s'agit d'une variation sur les thèmes exposés lors de la 1ère partie. Ainsi qu'un matériel musical, les images construisent des refrains, des fugues, offrent des transpositions, des reprises de quelques situations. "

Bruno Meyssat, comment est né Impressions d'Œdipe ?
" Je devais faire quelque chose avec quatre acteurs : 2 nouveaux et 2 anciens, sans trame particulière au départ. Pas d'histoire prédéfinie ".

De quelle manière avez-vous écrit cette pièce ?
" Ma façon de travailler laisse une grande place à l'improvisation : je choisis les gens et attends qu'ils m'emmènent quelque part. Pour les répétitions d'Impressions d'Œdipe, il n'y avait pas un texte de départ, mais je donnais chaque jour des objets différents aux comédiens, et ils devaient dire à quoi cela les faisaient penser. J'ai responsabilisé les acteurs, afin qu'ils soient partie prenante du spectacle. Puis je leur ai demandé d'improviser sur : qui êtes-vous les uns pour les autres, tous les quatre ? Les quatre acteurs ont décidé qu'ils seraient frères et sœurs. Cela m'a fait pensé instinctivement à la trame d'Œdipe. C'est autant mon spectacle que celui des comédiens. On rêve ensemble. Moi je tirais les ficelles en m'occupant de l'univers sonore et de la lumière, comme pour modifier les atmosphères de façon ténue et inconsciente chez les comédiens. "

propos recueillis par Emilie Jullin
(13 novembre 2002)

 

 

Quatre personnages se retrouvent dans la maison de leur enfance. Le plateau présente un désordre de vieilleries, de penderies, de vêtements, de pans de vieux décors de théâtre, une table, des chaises, et quelques vestiges de leur enfance.
La pièce se scinde en deux parties. La lecture à haute voix de la légende d'Œdipe, comme un conte pour enfant, les amène à se questionner sur les relations familiales confuses qu'ils entretiennent, et sur les nœuds oedipiens qui se sont noués entre eux. Des séquences de leur vie sont révélées, qu'elles soient réelles ou rêvées. C'est parfois douloureux, mais cela peut être drôle et attendrissant, les amenant à rejouer leurs jeux d'enfants.
Presque plus de dialogues dans la deuxième partie, dans laquelle ils évoquent leurs parents en les incarnant dans des saynètes, probablement pour exorciser des situations.
" Bruno Meyssat est un homme de la lenteur (…) il prend le temps de nourrir et de laisser mûrir chaque sensation, chaque émotion qui surgit sur le plateau ". Hélas, il prend tellement son temps que bon nombre de spectateurs n'attendent pas la fin de la pièce pour partir… Quel dommage que les quelques belles scènes visuelles (l'accouchement du petit cheval de bois, avec la ficelle " cordon ombilical " que le frère arrache à sa sœur, les habillages et déshabillages compulsifs comme autant de mises à nu difficiles entre la fratrie …) soient noyées dans un flot de lenteur et d'ennui ! Meyssat sait pourtant faire naître des images troublantes, un univers poétique, aux commandes du son et de la lumière. Le défaut majeur de cette pièce est l'absence de rythme, qui s'ajoute à l'absence d' " histoire ", et à l'aspect interchangeable des rôles : rien n'invite donc le spectateur à rentrer dans cette pièce pendant 1h30. Quant aux comédiens, le fait que l'un d'eux soit parfois inaudible semble être le comble de l'hermétisme ! Une " impression " bien fade, en somme …

Emilie Jullin
(novembre 2002)


Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/meyssat/meyssat.htm