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Polar
futuriste
L’action
se situe en 2202 à Lo-Nast, mégalopole qui «
de loin ressemble à une table sur laquelle on aurait entassé
des livres jusqu’à une hauteur déraisonnable
». Les tours serrées de la ville, hautes de deux
à trois cents étages, s’élancent vers
les nuages. Il n’est pas rare que plusieurs familles y occupent,
par économie, le même « appartagement
». Pour se déplacer d’une « atterri-terrasse
» à l’autre, les Lo-Nastiens utilisent des
« réacchaises », véhicules très
sensibles à commande vocale. Les aliments sont livrés
à domicile par des conduits de distribution où se
multiplient les « bori-orgis », sortes de rats
hargneux qui surgissent parfois dans les cuisines et qu’il
faut combattre régulièrement. L’enseignement
est libre et dispensé dans les « Allées
du Savoir » par des « néo-professeurs
» qui proposent leurs « modules »
de manière « concurrentielle » : plus
les élèves sont nombreux, plus ils gagnent de «
leptons ». La vie n’est pas si facile à
Lo-Nast et les familles hésitent à se charger d’une
âme supplémentaire ; seule la nécessité
d’un « soutien moral pour les vieux jours »
pousse parfois à «commander» un enfant.
Le gouvernement a pris en charge l’avenir démographique
et créé « l’Institut ». Cette organisation
subvient aux besoins des « solitons » conçus
artificiellement après sélection des « meilleurs
gènes possibles » !
Quelques dirigeants
ont également conçu l’Imbroglius, sorte de cerveau
artificiel qui recèle toutes les données relatives
aux citadins et centralise leurs faits et gestes. Tous les ADN sont
enregistrés et tous les lieux surveillés par des «
oculi », caméras patrouilleuses imparables
: impossible de commettre le moindre crime impunément ! On
consulte le gigantesque registre de l’Imbroglius sur des écrans
souples appelés « voilescents ». Pour
naviguer dans ce gigantesque Internet, il faut connaître des
mots de passe ou défaire des nœuds plus ou moins compliqués
selon le degré de confidentialité : embrouillaminis
de lianes, de vers, de rats, de vipères ou de gorgones…
Or voilà qu’un homicide vient d'être commis,
après une quinzaine d’années sans meurtre, et
la victime n’a pas été identifiée par
l’Imbroglius : inimaginable ! Il s’avère impossible
d’orienter l’enquête… Le Ministère
de l’Ordre offre une récompense de 500000 leptons à
qui démasquera le coupable.
L’«
Oeil Omniscient », agence privée de détectives,
branche ses employés sur l’affaire. Alea, quatorze
ans, est la fille de Neve Kepler, agent éminent de l’OO
: l’adolescente aide ponctuellement sa mère déprimée
à traiter les dossiers de fraude. Leurs revenus sont précaires,
elles partagent leur logement avec cinq personnes : Lili, une amie
de Neve, Teris, sculpteur aux manières de Gaulois, Joseph
et Lucien, « pointures » intellectuelles, et Rilkes-Kilers-Sikler-Lekris,
être aux personnalités multiples. Alea est bien tentée
par les 500 000 leptons et son statut de détective remplaçant
lui donne accès à beaucoup de codes qui forceront
des nœuds pas trop compliqués… Elle se lance dans
l’aventure, avec l’aide de sa riche amie Séléné
et la complicité d’Ilann, superbe et dévoué
soliton.
L’habile Kim Tran Nhut emporte ses lecteurs dans une grande
promenade urbaine et souterraine ; elle mène l’aventure
tambour battant, crée régulièrement de nouvelles
situations surprenantes, nourrit le suspense. L’héroïne,
sympathique et déterminée, parvient à défaire
les nœuds les plus serrés, à déjouer le
complot ourdi en haut lieu. Pourtant l’épilogue laisse
le lecteur sur sa faim : la lumière est faite sur les évènements
mais les coupables continuent leur cavale. L’auteur ménage
sans doute la possibilité d’une prochaine enquête
: Alea y serait toujours en première ligne et certainement
secondée par l’héritier de l’Imbroglius…
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Le
monde anticipé par Kim Tran Nhut laisse un goût
amer : comment garder les pieds sur terre quand il faut sans
cesse plus de place et régler les problèmes
d’une société naturellement disparate
? Le quotidien hyper sécurisé n’est guère
rassurant ; l’abondance de gadgets ne procure pas toujours
plus de confort ou d’hygiène ; les projecteurs
de couleurs murales se révèlent des cache-misère.
Impossible de confondre progrès scientifiques et bonheur.
Les riches et les pauvres existent toujours ; les humains
gardent leurs peurs ancestrales, leurs émotions et
pour beaucoup leurs défauts et leurs ambitions plus
ou moins généreuses ! Malgré ces projections
inquiétantes, Kim Tran Nhut offre ici un vrai plaisir
de lecture, elle noue et dénoue l’intrigue sans
embarrasser le lecteur. L’ambiance polar séduit
celui que la sensibilité ne dirige pas spécialement
vers les romans d’anticipation. Programmez sans crainte
votre « boussole atomistique », choisissez
une « réaacchaise » en bon état
et bonne navigation !
Martine
Falgayrac
(février 2005) |
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.magnard.fr/jeunesse/
http://www.mauvaisgenres.com/album_tram.htm
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