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Un
langage et plus encore
Comme toute
création, la bande dessinée et le dessin d’humour
cachent et dévoilent, dans un mouvement de va-et-vient entre
expression et impression, entre image et verbe. D’emblée
la question s’impose : « Dessine-t-on pour raconter
ou l’inverse ? ». Pierre Fresnault-Deruelle, éminent
spécialiste (voir ses nombreux ouvrages sur la bande dessinée,
la peinture, l’image, Hergé…), y répond
d’une manière subtile en suivant ses propres préceptes
: « Lire une image n’est pas la « décortiquer
», c’est, sans la détourner de sa fonction, permettre
à l’œil de faire jouer aussi le système
qui la sous-tend » et, à partir de là,
« accompagner les images d’un double langage ».
Sans pédantisme
mais avec précision, l’auteur articule son propos autour
de deux types de formes, les « formes longues » (bandes
dessinées) et les « formes courtes » (dessins
d’humour »). Et toujours, de l’introduction à
la conclusion incluses, ce propos s’appuie sur des exemples
concrets, accessibles à tous, analysés soit dans le
détail d’une planche ou d’une vignette, soit
dans la continuité d’un album.
En ce qui concerne
la bande dessinée, on notera l’analyse fouillée
d’une planche de La Marque Jaune
qui s’élargit jusqu’à pénétrer
dans « une forêt de symboles », ou celle
d’une couverture (Le Mystère de la Grande
Pyramide – encore E.-P. Jacobs – ou Les
complots nocturnes de David B). La réflexion
se poursuit sur les concepts de modernité et de « post-modernité
» à l’occasion d’un texte sur François
Masse, « zélateur d’une esthétique
du trop-plein » ; sur le réel « transfiguré
par le souvenir » et les rapports entre fable et authenticité
à propos de La guerre d’Alan
d’Emmanuel Guibert ; sur le genre et le sous-genre du «
graphic novel » (en français « roman graphique
»…) tel que le figure A l’ombre des
tours mortes d’Art Spiegelman, véritable
« ensemble polyphonique » ; sur les rapports
entre art et « méta-art », représentation
et méta-représentation, ce qui pose la question de
l’esthétique de la bande dessinée : est-elle
un art à part entière ? Oui, répond sans hésiter
Pierre Fresnault-Deruelle, qui la charge d’une « beauté
adhérente » et d’une fonction poétique.
Parmi toutes les illustrations possibles, Le Chat de
Geluck apparaît comme l’une des plus probantes, et le
rapprochement fait avec l’Oubapo (Ouvroir de bande dessinée
potentielle) est convaincant.
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Dans
la deuxième partie, l’auteur répertorie
trois sortes de « formes courtes » : le «
dessin segmenté », dont Les trois
âges de l’amour en particulier ou,
plus généralement, le rébus, avec ses
effets surréalistes et ses aspects énigmatiques,
sont représentatifs ; le « dessin dilaté
», qui excède la simple vision, qui se dépasse
lui-même ; le « dessin resserré »,
dont la forme elliptique est une mine, entre autres, pour
la caricature politique.
La
bande dessinée et le dessin d’humour peuvent
être qualifiés de « littérature
d’expression graphique », Pierre Fresnault-Deruelle
le démontre amplement, preuves sémiologiques
à l’appui. Ce faisant, il ne dénature
ni le plaisir de la lecture d’un scénario ni
celui de la contemplation d’une image, mais enseigne
ou restitue « le plaisir de l’analyse ».
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Jean-Pierre
Longre
(mai 2008)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

Voir
aussi Litlle Nemo (Les Impressions
Nouvelles, Paris-Bruxelles, 2005)
www.lesimpressionsnouvelles.com
http://imagesanalyses.univ-paris1.fr/auteur-pierre-fresnault-deruelle-10.html
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