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histoire de
Marie-Sabine Roger
textes de Françoise de Guibert et Delphine Pontegnier
illustrations de Iris Moüy
Où
l'on comprend que parler de sexualité et d'amour n'est pas
si compliqué...
Enfin
un ouvrage qui aborde ouvertement la sexualité, l’amour
et l’intimité sans nécessairement proposer comme
modèle unique hétérosexualité, mariage
et procréation…
Certes, Ils
s’aiment ne s’adresse pas
aux plus petits, mais dès neuf ou dix ans, la majeure partie
des rubriques proposées par les auteures permettent d’approfondir,
en douceur mais avec franchise, des questionnements bien naturels.
Tout en partant du sentiment amoureux comme fondement du désir
et de la sexualité, l’ouvrage n’occulte pas d’autres
concepts complémentaires et aborde des sujets que l’on
considérait, il y a seulement quelques années de cela,
comme des tabous - du moins pour la tranche d'âge concernée.
On est cependant en droit de s’interroger sur la portée
et la fonction de l’histoire courte qui ouvre le livre, un
récit très « adulte », traversé
par la souffrance quotidienne d’une toute jeune fille, amoureuse
d’un garçon qui le lui rend très mal…
Cet amour sans réciprocité est observé de façon
distanciée par une enseignante, qui adresse intérieurement
des conseils à cette élève en peine, dont le
dépérissement progressif est visible, tandis qu’elle
se morfond, tentant de capter l’attention d’un jeune
« tombeur, briseur de cœurs ». Du haut
de ses années d’expérience, l’adulte compatit
à cette douleur muette tout en mesurant son impuissance :
«je voudrais lui dire qu’aimer, ce n’est pas
ça. (…) Lui dire que l’amour, le vrai, ne fait
pas souffrir, au contraire, il fait grandir, il rend heureux. (…)
La passion fait mal, elle détruit. » Cette histoire
de Marie-Sabine Roger, en dépit de ses qualités
narratives, confère d’emblée à l’ensemble
un ton mélancolique, une note de tristesse bien pessimiste,
et l’on se demande si les jeunes lecteurs peuvent (et doivent)
être véritablement sensibles à la nostalgie
et aux regrets qui se lisent dans le discours de l’adulte.
Malgré cette entrée en matière quelque peu
maladroite, les fiches pratiques qui suivent ont toutes les qualités
requises : une tentative pour élaborer quelques définitions
de l’amour, du désir physique et des liens plus ou
moins ténus entre les deux (« Tout est possible,
l’amour sans sexualité qu’on appelle amour platonique
ou la relation sexuelle sans amour ») ; ce que dit la
loi, quelque soit l’orientation sexuelle (la majorité
sexuelle est aujourd’hui à quinze ans en France, contre
douze en Espagne et dix-sept en Irlande !), expliquant qu’il
« n’y a pas d’âge normal ou idéal
». Quant au « contrat » qui lie deux personnes
amoureuses, le jeune lecteur apprend qu’il peut être
institutionnalisé (par le biais du mariage ou du PACS), ou
simplement moral, et rompu, légalement ou tacitement. De
même, Françoise de Guibert et Delphine Pontegnier abordent
ouvertement l’idée que le mariage est revendiqué
par les homosexuels, et qu’il existe de manière effective
dans sept pays européens. Plus loin, elles n’hésitent
pas à proposer un contenu explicite et font ainsi tomber,
tout en y mettant la forme, de nombreux non-dits (références
au viol, au SIDA, aux censures du passé et aux interdits
« entretenus pas l’église catholique »).
Les auteurs font
malgré tout des constats (alarmants mais bien réels)
sur la confrontation à la pornographie de très jeunes
enfants, en dépit de l’interdiction légale, ou
sur le tourisme sexuel qui sévit entre autres en Thaïlande,
et parlent directement de l’esclavage sexuel et de la prostitution.
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Parmi la petite anthologie proposée en prolongement,
les lecteurs sont encore davantage sensibilisés à
la pédophilie et aux abus sexuels, à travers le
témoignage révoltant de Lao, petite prostituée
dans un hôtel de Hong-Kong (Lao, Wee et Arusha,
enfants prostitués en Asie de F. Pavloff,
Syros jeunesse, collection J’Accuse) : « Le
cadran du temps n’a que deux zones, une grise pour le
matin où l’on somnole, une noire pour le soir où
l’on monte dans les chambres avec les hommes. (…)
Pour survivre dans un bordel quand on a onze ans, il faut découper
le temps en tranches et glisser les morceaux pourris dans des
tiroirs secrets. »
En dépit du caractère éprouvant de certaines
notions ou réalités, les auteurs y mettent cependant
la forme et, tout au long de l’ouvrage, les illustrations
volontairement naïves, tendres ou sereines de Iris de Moüy
contrebalancent intelligemment la franchise (nécessaire)
des propos. |
B.Longre
(février 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.autrement.com
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