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Choisir de vivre
Sur
la couverture, le petit garçon d’Olivier Tallec semble
attendre, assis dans un champ de fleurs aux couleurs éblouissantes.
Depuis son « île », qui n’est autre que
le ventre de sa mère, l’enfant, esquissé au
crayon, comme absent, observe le monde avec perplexité. Confronté
à tous les maux de la terre. Sur chaque double page, une
partie colorée représente le monde qu’il voit,
tandis que l’autre, laissant apparaître le blanc du
papier, est dans la vision de l’enfant, dans le «
il faudra ».
Devant les famines, l’enfant pense : « il faudra
attraper les nuages au lasso et les faire pleuvoir sur les déserts
» ; devant l’océan : « il faudra
le laver. Et puis s’asseoir devant, juste rêver »
; devant les larmes : « il faudra apprendre à dire
je t’aime sans l’avoir jamais entendu »…
Dans une dernière image, l’enfant, toujours auréolé
d’un blanc immaculé, est debout sur son île.
Il regarde une dernière fois le monde qu’il vient de
voir, et non pas celui qu’il voudrait, et «décide».
La dernière page, saisissante, nous dit qu’il choisit
« de naître ». Le sens de l’image
se fait alors différent, à droite l’enfant blotti
dans les bras de sa mère, en couleur, à gauche le
monde encore vierge (seul un enfant dans les bras de sa mère
apparaît aux fenêtres), celui qu’il changera peut-être…
Dans la révélation de cette dernière page,
on se plaît à revenir en arrière et à
relire l’album avec un regard neuf, parallèle à
celui de ce nouveau-né qui s’éveille à
la vie…
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Le
lecteur redécouvrira dans cet ouvrage certaines «convictions»
chères à Thierry Lenain et lignes directrices
de son œuvre, dans laquelle il nous exhorte à
penser qu’ «un autre monde est possible»
et que «l’amour est plus fort que la guerre».
Dans ce récit poétique, l’écriture
est d’une grande douceur, très épurée.
Et même si le texte a des allures de manifeste (un brin
militant) contre les noirceurs du monde, il s’achève
dans un élan d’optimisme, un hymne la vie. Il
nous impose à ce titre une responsabilité et
une vigilance quant à l’avenir que nous offrons
à nos enfants. |
Les illustrations sont en parfaite osmose avec le récit,
comme si elles le suggéraient. Dans le parti pris de ce qui
reste blanc, et donc à colorer, le dessin d’Olivier
Tallec transcende les mots, et ce petit bonhomme au regard contemplatif,
qui tend les bras, impuissant, nous bouleverse dans sa profonde
détermination à naître « malgré
tout ».
Un brin de nostalgie enfantine souffle sur l’album, qui s’adresse
aux petits comme aux grands ; car qui n’a pas rêvé,
un jour, de vouloir changer le monde ? Et de savoir peut-être
que le seul monde possible est celui en lequel nous croyons, que
nous nous choisissons, comme chaque enfant qui naît choisit
de vivre.
Cendrine
Genin
(mai 2004)
Cendrine
Genin,
après des études de philosophie et de lettres, a suivi
une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature
jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à
collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est
son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir
prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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http://www.editions-sarbacane.com/
http://thierrylenain.free.fr/
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