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L'essentiel.
Au cours de
trois mois de résidence au centre international de poésie
Marseille, Laetitia Ilea, qui est née en 1967 à Cluj
(Roumanie) et qui publie, en roumain ou en français, des
poèmes depuis 1984, a composé 45 textes dont les titres
sont les noms des bars où ils furent écrits. Bars
à « terrasses », comme il se doit dans le sud,
lieux à la fois ouverts et fermés, lieux d’agitation
et de promiscuité, de repos de solitude, « où
j’attends terrassée », dit-elle dès
les premières lignes.
Prose brève
et compacte, chaque texte est une sorte d’instantané
télégraphique, au souffle souvent court marqué
par des points permettant à peine un bref soupir, sur un
rythme qui tient autant de l’étouffement que de la
respiration. Dans ce journal haletant, la détresse humaine
(«mes meilleurs amis sont morts », « je suis
sans amis », « j’ai passé toute ma vie
à attendre»…), confinant à celle
des animaux (« je me dis "bon appétit"
puis jette quelques miettes à cette chienne que l’on
a pris l’habitude d’appeler "solitude" »),
est aussi la solitude linguistique (« j’ai enfermé
ma langue dans une armoire et j’ai commencé à
vivre ma nouvelle solitude »). Le combat entre vide de
la mémoire et trop-plein des souvenirs n’exclut pas
le sens de l’humour qui, par exemple, empêche d’entrer
au bistrot nommé « Tout va bien » : «
ça, non.j’y entre pas.je ne me ferai pas avoir. »
Certes, il y
a les gestes banals de l’existence ordinaire, les courses,
les cigarettes, le café, les petites scènes visuelles,
les quelques rencontres, éphémères ou durables,
les déplacements dans la ville, ou hors de la ville vers
d’autres lieux plus ou moins lointains, Cassis, Aigues-Mortes,
Narbonne, Perpignan, et aussi l’Espagne, Paris… Tout
cela ne suffit pas à remplir la vie quotidienne, à
éviter les appels à l’aide voilés ou
clamés aux êtres aimés, aux gens de passage,
à la Maison d’Edition elle-même («
tu ne m’as pas du tout aimée.je compte sur toi »).
A qui donc faire
confiance ? A l’écriture, aux mots (« donnez-moi
une autre langue pour crier ma douleur »), à un
mode d’expression universel qui offre la possibilité
d’oublier, de s’oublier «comme un lest inutile
» et de ne conserver que l’essentiel, la poésie.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine à
l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Dernier ouvrage paru : Raymond Queneau en scènes,
Presses Universitaires de Limoges, 2005.
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thématique : Ecrits franco-roumains
Letitia
Ilea, invitée au Salon du livre
2006 - dédié à la francophonie.
Centre
international de poésie - Marseille, un lieu de création
et de diffusion de poésie contemporaine.
http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=825
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