Texte Spiro Scimone
Mise en scène Valerio Binasco

Théâtre des Ateliers, Lyon
23-28 novembre 2004
et tournée

 

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Le texte est paru chez L'Arche Editeur, 2004
Production Festival d'Automne à Paris

Avec Francesco Sframeli, Spiro Scimone, Nicola Rignanese

Spectacle accueilli avec le soutien de l’ONDA et en collaboration avec l’Institut Culturel Italien de Lyon
Texte à paraître chez l’Arche Editeur
Spectacle en langue italienne surtitrée

Forza Beckett

On ne tarde guère à remarquer la grande proximité de la dernière pièce du sicilien Spiro Scimone, Il Cortile, avec l’univers de Samuel Beckett. Mais, si le rapprochement est inévitable, le texte d’Il Cortile est trop inférieur pour ne pas souffrir de la comparaison.
Peppe (Spiro Scimone), le petit maître, bon vivant, ridicule et fier, et Tano (Francesco Sframeli), le domestique éreinté, à la voix éraillée et aux lunettes mal rafistolées, sont deux amis clochards bien installés dans leur cortile, dans leur cour et dans leur routine sale ; ils n’en finissent pourtant pas de s’étonner de leur déchéance croissante. Leur discussion tourne en rond, à l’affût du moindre souvenir pour mettre en relief le temps présent. L’arrivée d’un troisième larron, l’Autre (Nicola Rignanese), va relayer ce parcours vers le néant : clochard plus misérable encore, l’Autre travaille à être pitoyable, et pour ce faire va loin dans la nuisance à soi-même.

Les spectateurs d’Oh les beaux jours !, ou les lecteurs de L’Innommable, retrouveront avec intérêt les principaux thèmes de l’œuvre de Beckett dans Il Cortile : la déchéance sous toutes ses formes, donc, quelle soit physique (Peppe est immobilisé sur son siège), intellectuelle (Tano est figé dans un étonnement et dans un bon sens creux), ou morale (l’Autre est une créature du rien qui s’enfonce dans la turpitude, dans la merde) ; la vieillesse, le temps cruel qui n’avance que vers le grand vide ; la dialectique maître/esclave ; le monstrueux comme aboutissement de l’humain ; la vie réduite aux éternelles petites manies, aux discours superficiels et las, aux sensations et aux émotions précaires…

La structure binaire, la grande parenté des personnages, l’absence de trame, rappellent surtout Fin de partie et En attendant Godot (que Scimone et Sframeli ont d’ailleurs monté dans les années 1990), sans que, hélas, le texte de Scimone (disponible aux éditions de l’Arche, dans la traduction « savamment imprécise » de Jean-Paul Manganaro, qui paraît en effet plus imprécise que savante) ait la même richesse, la même finesse, ni la même ampleur.
Toutefois, l’excellent jeu des acteurs, efficacement mis en scène par Valerio Binasco, fait du spectacle Il Cortile un divertissement de qualité qui, loin d’ennuyer, prête à sourire et à réfléchir, et qui attise notre envie de… relire Beckett.

Nicolas Cavaillès
(novembre 2004)

Nicolas Cavaillès, spécialiste de l'œuvre de Cioran, lié à la Roumanie et à sa littérature, poursuit, après des études de lettres et de philosophie, des recherches autour de l'écriture, des manuscrits et de la création artistique (critique génétique).

En tournée

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com