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Chronique
d'un bonheur en apesanteur
Le salon du
livre 2003, consacré à la littérature flamande
et néerlandaise, a encouragé la publication en France
d’un nombre impressionnant d’ouvrages de fiction, une
aubaine pour des lecteurs avides de découvertes et de voyages
littéraires ; de même, l’année de l’Algérie,
Djazaïr, est l’occasion de mettre en avant divers auteurs
et Gaspard Nocturne, maison d’édition de Romans, dans
la Drôme (qui publie aussi Acacia throrn in my heart de Neela
Govender) s’inscrit dans cette dynamique culturelle en
proposant un roman d’Idir Tas, établi en France depuis
1994.
Dans Les genêts sont en fleurs,
l’auteur pose un regard nostalgique sur sa Kabylie natale
(dont l’emblème est le genêt) qu’il évoque
avec une tendre profondeur. L’on y suit, le temps de quelques
journées, le conteur d’un petit village, Ahmed, un
vieil homme dont la sérénité et le bonheur
de vivre se reflètent tout au long du récit. Chaque
soir, après l’école, les enfants du village
le rejoignent sous son vieux châtaignier et lui se prépare
soigneusement à cette rencontre en se mettant « les
mots en bouche », comme on le ferait avant un festin.
Il vit ces retrouvailles quotidiennes avec une joie infinie. Mais
ce soir-là, ce n’est pas autour de lui que se bousculent
les écoliers, mais autour d’une petite Simca rouge
dont Ahmed connaît bien les occupants : son fils, sa belle-fille
et son petit-fils Ilès, que le vieil homme ne connaît
pas encore : ce nouveau bonheur qui surgit sans prévenir
bouleverse le conteur, qui se remémore son enfance et sa
jeunesse, tout en savourant ces heures passées avec Ilès.
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Dans
le même temps, l'on croise les habitants de ce petit village
en apparence paisible, un monde dépeint de manière
idyllique en dépit des petits riens (des querelles de
clocher – si j’ose dire – qui ont ici la résonnance
de grands événements) agitant l’existence
harmonieuse des paysans : un deuil, un mariage et quelques discussions
parfois houleuses à propos de l’achat collectif
d’un tracteur. La solidarité de la communauté
rurale est mise à mal quand les hommes s’aperçoivent
que leur cagnotte a été volée, puis quand
ils comprennent que Méziane, l’un des leurs, s’oppose
à cet achat : « Inconscients ! Vous voulez
introduire le malheur ? Il n’y aura plus de tranquillité
sur nos terres pacifiques. » dit-il aux autres. Le
dialogue est simple et réaliste mais va droit au but
en exposant le dilemme des villageois : se résoudre à
accepter le "progrès" incarné par la
machine ou bien se résigner à cultiver difficilement
« une terre fatiguée » en refusant
toute mécanisation. |
Les
genêts sont en fleurs est un roman aux accents
authentiques, où chaque mot est pesé, mesuré,
un récit aux nombreuses facettes où se mêlent
poésie (de belles descriptions paisibles de la nature parsèment
le récit) et bon sens ; une fable bucolique pourtant imprégnée
de pragmatisme, qui tente de réconcilier la nature et le
progrès, les générations entre elles (la rencontre
d’Ahmed et d’Ilès est particulièrement
émouvante), un homme et son passé, en évitant
tout déchirement inutile ; Ahmed et son amour de la vie y
sont pour beaucoup et c’est ce personnage que l’on retient
avant tout, son émerveillement et son espérance sans
cesse renouvelés. Une sagesse et une sobriété
que l’on se surprend à envier.
Blandine
Longre
(octobre 2003)

Gaspard
Nocturne
http://etudesdromoises.free.fr/pages/pages_revue/resumes
http://www.djazair2003.org/
Gaspard
Nocturne
Place puits du cheval
4, rue Pêcherie
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Tél. 04.75.72.21.36
gaspardnocturne@wanadoo.fr
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