|
Cachez
ce sein…
Certains noms
de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les
étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco,
cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline,
houppelande : comment rester insensible à la puissance de
suggestion de ces mots un peu magiciens ?
C’est
un envoûtement que la belle écriture ô combien
sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse
poésie de l’artifice, dont la légèreté
n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme —
la narratrice — se drape et se dévoile dans ses parures,
tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu
de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur
vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète
épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait
que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires
ou fassent preuve de fantaisie…)
Chaque petit
chapitre raconte l’histoire d’un vêtement, qui
a révélé à la narratrice une part d’elle-même
lorsqu’elle l’a porté. La tenue fait tellement
corps avec cette femme qu’elle devient comme constitutive
de sa personne, relique intime de chaque moment vécu.
Des éclats
brut de sa vie surgissent, des souvenirs font surface. Des rencontres
masculines, bien sûr, tout en gestes et émotion. La
séduction du « garçon des falaises »
aux îles Shetlands : « toute cette blondeur, toute
cette rousseur si bien s’accordaient à la beauté
de l’ami des oiseaux dont il ne possédait pas les ailes,
certes, mais leur silence et leur charme aérien ».
Le trouble créé par l’amant de la parure soie
de sienne : « à peine sentais-je ses mains et l’équerre
de ses jambes, toute sa houle amoureuse se frayant passage dans
nos soies mélangées. »
 |
Le
temps passe, et la petite fille est toujours présente
dans la femme vieillie à la robe cerceau de toile blanche,
« une robe de Pierrette lunaire, de Petrouchka naïve,
de candide Arlequine ». C’est le passé,
la nostalgie que nous content les pièces de la garde-robe,
qui sont moins des bouts de chiffon que des parcelles d’éternité.
Myriam
Gallot
(février 2008)
|
Myriam
Gallot, passionnée de littérature
et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement
le métier de professeur de Lettres en lycée, mais
aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

http://www.arlea.fr/
|