Du 3 au 13 mars 2000
au Théâtre de La Platte

de Jean Peysson
par Le Voyageur Debout
Jean-Luc Bosc et Cie


Cinq comédiens se partagent treize personnages qui se retrouvent à l'occasion d'un mariage. Ils se présentent d'abord, face au public, en quelques mots bien lancés. La robe de mariée est apportée et la fête se prépare. En réalité, on assistera peu aux réjouissances, elles servent davantage de transitions, de fil conducteur que d'intrigue : entre chaque épisode de danses ou de retrouvailles, un personnage, parfois deux, se détache du groupe et sort de la fête, une lumière crue et blafarde se posant alors sur lui. De ces apartés, se dégagent une série de portraits plus ou moins pathétiques d'individus brisés par la vie : Adélaïde, une femme simple et naïve, qui a tout perdu, prie et invective la vierge ; Sarah, une prostituée chaleureuse et nostalgique dialogue avec un client invisible ; Marc, dépressif, tente de renouer avec son ex-amie qui est maintenant heureuse et mère de famille ; Antonio, un émigré homosexuel est délaissé par son ami et souffre du racisme...
A l'arrière plan, dans un autre espace-temps, la noce continue au ralenti, dans la pénombre, les autres comédiens composant de parfaits tableaux vivants. La mise en scène originale fait s'opposer ces instantanés empreints d'amertume à la fête, qui appartient à l'illusoire et évoque un bonheur éphémère, le temps d'un jour.
Ces hommes et ces femmes ne sont pas des héros, mais des individus ordinaires, rejetés ou blessés par notre monde contemporain (la prostituée, la fille enceinte qui veut accoucher sous X, l'immigré...) et derrière le texte, qui fait la part belle aux émotions, émerge en filigrane un discours social, dénonciateur, contre "une société qui surproduit, qui surconsomme, et qui ne sait plus que faire de ses déchets de matière et d'hommes."
Le titre même de la pièce laisse entendre qu'un au-delà existe (pas nécessairement au sens religieux du terme) qu'il appartient aux êtres de créer ou de trouver : quelques lueurs d'espérance parsèment la pièce, lorsque par exemple, la femme qui n'aime pas la tendresse parvient néanmoins à serrer contre elle la fille attardée en manque d'amour, ou bien quand la prostituée qui aimerait tant avoir des enfants entend son ami homosexuel lui dire qu'il pourrait l'aider à les faire ...
Mais l'idée qui demeure dans nos esprits, c'est le désespoir de ces êtres qui comme Jacquot (sous le joug de sa mère) ou Tchen (qui rejette déjà l'enfant qui n'est pas encore né) sont dans l'incapacité de changer de vie et d'accéder à un bonheur que le mariage laisse entrevoir. Il est vrai que l'ensemble est très sombre, presque désespérant et que les quelques répliques humoristiques demanderaient à être multipliées afin que la tension puisse par instants se relâcher.
La troupe du Voyageur Debout a pour habitude de travailler collectivement et, d'improvisations en recherches, élabore progressivement des personnages et des intrigues. Bien que cette pièce ait été écrite et mise en scène par une seule personne, Jean Peysson, le travail commun transparaît sur scène, en particulier par l'entente qui semble régner entre les comédiens et aussi par leur performance, sincère, violente et touchante, si naturelle qu'ils sont leurs personnages plus qu'ils ne les jouent.

B.L.

"Le voyageur Debout, c'est d'abord un collectif qui vit, pense et construit ses créations au fil des jours, se nourrissant de l'ordinaire de leurs situations, de leurs rencontres et de leurs espérances.
Patiemment.
Puis naît le spectacle.
Entre rêve et réalité ; entre poésie et urgence sociale ; entre l'mmatériel et la nécessité politique, ils sortent de l'ombre et nous parlent comme s'ils nous connaissaient depuis longtemps déjà ..."
Samuel Bousard

Théâtre de la Platte
32, rue René Leynaud
69001 Lyon
réservations : 04 78 39 25 89



Autres créations du Voyageur Debout

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http://www.passion-theatre.asso.fr/spectacles/pagesspectacles/FICHE_1321.html

Théâtre de La platte, Lyon
http://www.laplatte.com