Cinq comédiens
se partagent treize personnages qui se retrouvent à l'occasion
d'un mariage. Ils se présentent d'abord, face au public, en
quelques mots bien lancés. La robe de mariée est apportée
et la fête se prépare. En réalité, on assistera
peu aux réjouissances, elles servent davantage de transitions,
de fil conducteur que d'intrigue : entre chaque épisode de
danses ou de retrouvailles, un personnage, parfois deux, se détache
du groupe et sort de la fête, une lumière crue et blafarde
se posant alors sur lui. De ces apartés, se dégagent
une série de portraits plus ou moins pathétiques d'individus
brisés par la vie : Adélaïde, une femme simple
et naïve, qui a tout perdu, prie et invective la vierge ; Sarah,
une prostituée chaleureuse et nostalgique dialogue avec un
client invisible ; Marc, dépressif, tente de renouer avec son
ex-amie qui est maintenant heureuse et mère de famille ; Antonio,
un émigré homosexuel est délaissé par
son ami et souffre du racisme...
A l'arrière plan, dans un autre espace-temps, la noce continue
au ralenti, dans la pénombre, les autres comédiens composant
de parfaits tableaux vivants. La mise en scène originale fait
s'opposer ces instantanés empreints d'amertume à la
fête, qui appartient à l'illusoire et évoque un
bonheur éphémère, le temps d'un jour.
Ces hommes et ces femmes ne sont pas des héros, mais des individus
ordinaires, rejetés ou blessés par notre monde contemporain
(la prostituée, la fille enceinte qui veut accoucher sous X,
l'immigré...) et derrière le texte, qui fait la part
belle aux émotions, émerge en filigrane un discours
social, dénonciateur, contre "une société
qui surproduit, qui surconsomme, et qui ne sait plus que faire de
ses déchets de matière et d'hommes."
Le titre même de la pièce laisse entendre qu'un au-delà
existe (pas nécessairement au sens religieux du terme) qu'il
appartient aux êtres de créer ou de trouver : quelques
lueurs d'espérance parsèment la pièce, lorsque
par exemple, la femme qui n'aime pas la tendresse parvient néanmoins
à serrer contre elle la fille attardée en manque d'amour,
ou bien quand la prostituée qui aimerait tant avoir des enfants
entend son ami homosexuel lui dire qu'il pourrait l'aider à
les faire ...
Mais l'idée qui demeure dans nos esprits, c'est le désespoir
de ces êtres qui comme Jacquot (sous le joug de sa mère)
ou Tchen (qui rejette déjà l'enfant qui n'est pas encore
né) sont dans l'incapacité de changer de vie et d'accéder
à un bonheur que le mariage laisse entrevoir. Il est vrai que
l'ensemble est très sombre, presque désespérant
et que les quelques répliques humoristiques demanderaient à
être multipliées afin que la tension puisse par instants
se relâcher.
La troupe du Voyageur Debout a pour habitude de travailler collectivement
et, d'improvisations en recherches, élabore progressivement
des personnages et des intrigues. Bien que cette pièce ait
été écrite et mise en scène par une seule
personne, Jean Peysson, le travail commun transparaît sur scène,
en particulier par l'entente qui semble régner entre les comédiens
et aussi par leur performance, sincère, violente et touchante,
si naturelle qu'ils sont leurs personnages plus qu'ils ne les jouent.
B.L.
"Le
voyageur Debout, c'est d'abord un collectif qui vit, pense et construit
ses créations au fil des jours, se nourrissant de l'ordinaire
de leurs situations, de leurs rencontres et de leurs espérances.
Patiemment.
Puis naît le spectacle.
Entre rêve et réalité ; entre poésie
et urgence sociale ; entre l'mmatériel et la nécessité
politique, ils sortent de l'ombre et nous parlent comme s'ils nous
connaissaient depuis longtemps déjà ..."
Samuel Bousard
Théâtre
de la Platte
32, rue René Leynaud
69001 Lyon
réservations : 04 78 39 25 89

Autres créations
du Voyageur Debout
http://www.avignon-et-provence.com/festi98/papiers/2107.htm
http://www.passion-theatre.asso.fr/spectacles/pagesspectacles/FICHE_1321.html
Théâtre
de La platte, Lyon
http://www.laplatte.com
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