de Raphaël Nadjari

durée : 1h27
Etats-Unis 2001

En salles le 6 juin.

avec Richard Edson

 

du même réalisateur : Apartment 5C (juin 2002)

 

Le second long-métrage de Raphaël Nadjari est d'abord un carré contaminé de lumière sombre ! Fait relativement rare dans le paysage cinématographique actuel, il a été tourné en Super 8, en lumière naturelle la plupart du temps. Film noir aux deux sens du terme, I am Josh Polonski's brother frappe par ses caractéristiques formelles, sa pâte singulière : une image granuleuse, sale, opaque, aux couleurs brunes et épaisses.
De cette étrange matière émergent, vacillantes, les figures du film : les trois frères Polonski (Ben, Josh et Abe) qui travaillent ensemble dans un magasin de tissu, leur mère âpre et ridée, la pègre du Lower East Side à New-York…Le scénario, plutôt nébuleux (inventé au fur et à mesure du tournage), s'appuie sur le personnage d'Abe qui, après l'assassinat de Josh, décide de marcher sur les traces laissées par son frère. Elles le mèneront vers le New York des call girls, des boîtes malfamées et de la mafia locale. Ce faisant, il se libère peu à peu de sa famille, des rites et mœurs judaïques et de l'autoritarisme de son frère aîné (Ben).
Magnifiquement interprété par Richard Edson, Abe est un personnage fébrile, lancé dans une quête émancipatrice hasardeuse et hypnotique. Il s'efforce maladroitement de suivre une ligne de fuite, sorte de lézarde, trébuchant dans ses paroles et ses actes.
De même que son personnage principal, le filme oscille, fragile, à travers une matière sans forme définitive ni hiérarchie. A tout moment l'image est susceptible de disparaître et la pellicule menace de casser. Chaque apparition tient de l'épiphanie ou du miracle.
Une musique lente, granuleuse elle aussi (cordes de violoncelle pincées, lourdes lignes de basse égrenées ou sonorités techno râpeuses), mélancolique, sirupeuse, intensifie ce climat oppressant et chancelant du film.
Mais si chaque plan semble obéir au principe d'incertitude, il constitue par là-même une expérience singulière, une tentative originale, un geste artistique à mille lieux de ce qu'on voit habituellement.
Aussi, le film de Nadjari est-il une remarquable tentative de renouer avec la création cinématographique, de rompre avec certaines règles et évidences liées aux productions commerciales, et de tracer sa propre ligne de fuite, belle et chaotique.

Jean-Emmanuel Denave

http://us.imdb.com/Title?0278493

Entretien avec le réalisateur
http://www2.lesinrocks.com/DetailArticle.cfm?iditem=99021&idheading1=4