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du
même réalisateur : Apartment
5C (juin 2002)
Le second long-métrage
de Raphaël Nadjari est d'abord un carré contaminé
de lumière sombre ! Fait relativement rare dans le paysage
cinématographique actuel, il a été tourné
en Super 8, en lumière naturelle la plupart du temps. Film
noir aux deux sens du terme, I am Josh Polonski's brother
frappe par ses caractéristiques formelles, sa pâte
singulière : une image granuleuse, sale, opaque, aux couleurs
brunes et épaisses.
De cette étrange matière émergent, vacillantes,
les figures du film : les trois frères Polonski (Ben, Josh
et Abe) qui travaillent ensemble dans un magasin de tissu, leur
mère âpre et ridée, la pègre du Lower
East Side à New-York…Le scénario, plutôt nébuleux
(inventé au fur et à mesure du tournage), s'appuie
sur le personnage d'Abe qui, après l'assassinat de Josh,
décide de marcher sur les traces laissées par son
frère. Elles le mèneront vers le New York des call
girls, des boîtes malfamées et de la mafia locale.
Ce faisant, il se libère peu à peu de sa famille,
des rites et mœurs judaïques et de l'autoritarisme de son frère
aîné (Ben).
Magnifiquement interprété par Richard Edson, Abe est
un personnage fébrile, lancé dans une quête
émancipatrice hasardeuse et hypnotique. Il s'efforce maladroitement
de suivre une ligne de fuite, sorte de lézarde, trébuchant
dans ses paroles et ses actes.
De même que son personnage principal, le filme oscille, fragile,
à travers une matière sans forme définitive
ni hiérarchie. A tout moment l'image est susceptible de disparaître
et la pellicule menace de casser. Chaque apparition tient de l'épiphanie
ou du miracle.
Une musique lente, granuleuse elle aussi (cordes de violoncelle
pincées, lourdes lignes de basse égrenées ou
sonorités techno râpeuses), mélancolique, sirupeuse,
intensifie ce climat oppressant et chancelant du film.
Mais si chaque plan semble obéir au principe d'incertitude,
il constitue par là-même une expérience singulière,
une tentative originale, un geste artistique à mille lieux
de ce qu'on voit habituellement.
Aussi, le film de Nadjari est-il une remarquable tentative de renouer
avec la création cinématographique, de rompre avec
certaines règles et évidences liées aux productions
commerciales, et de tracer sa propre ligne de fuite, belle et chaotique.
Jean-Emmanuel
Denave

http://us.imdb.com/Title?0278493
Entretien
avec le réalisateur
http://www2.lesinrocks.com/DetailArticle.cfm?iditem=99021&idheading1=4
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