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Un
enchantement juvénile, semaine après semaine...
Les éditions Hesperus publient un ouvrage inédit de
Virginia Woolf (née Stephen), un petit événement
éditorial et littéraire qui devrait ravir amateurs
et curieux.
Gill Lowe a
longuement étudié certains manuscrits inédits
de la famille Stephen (qui dormaient depuis des années à
la British Library), et cette étonnante publication, destinée
à la fois au grand public et aux chercheurs, est le fruit
d’un travail patient : les manuscrits reproduits ici sont
ceux d’un journal rédigé en 1891-1892 et en
1895 par Vanessa, Virginia et Thoby, les enfants de Leslie Stephen
(biographe, éminent critique littéraire) et de Julia
Jackson, la famille résidant au 22, Hyde Park Gate. Les garçons
étaient envoyés en pension, mais les filles étudiaient
à la maison, et occupaient une partie de leur temps libre
en rédigeant cette publication collective… Réalisés
artisanalement, les journaux (hebdomadaires) relatent principalement
les événements quotidiens de la maisonnée (les
plus graves étant abordés avec légèreté
ou tout simplement omis), les sorties et les divertissements des
enfants, les péripéties des animaux domestiques, en
laissant une place importante à la fiction et à l’imagination,
en toute liberté ; une précieuse source primaire qui
apporte d’abondantes informations biographiques et littéraires
sur la jeune Virginia, que l’on voit ici, à l’âge
de dix ans, faire ses premières armes avec la rédaction
de petits récits fictifs et de juvenilia comme "A
Midnight Ride".
L’ensemble
est un régal, un sentiment en partie généré
par le ton vivifiant et satirique qui se dégage de nombre
de productions (l’ironie étant passablement amplifiée
par le procédé narratif de la troisième personne…)
: « love letters » parodiques que s’échangent
des couples d’amoureux ingénus ou stupides, histoires
sans paroles, abécédaires sous forme de poèmes,
portraits cocasses de visiteurs inopportuns ou ennuyeux, extraits
de journaux intimes (là encore factices), jeux de mots et
astuces inventés par les enfants, récits des événements
et des anecdotes ponctuant la vie de famille (anniversaires, fêtes
de Noël, retours de Thoby, etc.), ou surnoms dont sont affublés
certains membres (dont Laura, enfant d’un premier mariage
de Leslie, « the Lady of the Lake », internée
la plupart du temps)… remplacés, au fil du temps, par
des textes abstraits plus complexes et matures.
| Les
journaux sont ici disposés en colonnes, ainsi qu’ils
l’étaient à l’origine, et les précisions
relatives aux supports et aux plumes utilisées ajoutent
au caractère authentique et poignant de l’ensemble,
de même que la reproduction des erreurs orthographiques
des petits écrivains... On retrouvera aussi en fin
d’ouvrage la biographie complète de chacun des
membres de la famille et des amis proches apparaissant dans
les journaux, ainsi que quelques clichés photographiques
qui participent de la délicieuse atmosphère
désuète d’un temps bel et bien révolu,
celui de l’enfance insouciante et joyeusement érudite.
Blandine
Longre
(février 2006)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Hesperus
Press
http://www.hesperuspress.com
http://www.virginiawoolfsociety.co.uk/
http://www.mercuredefrance.fr/titres/journaldehydepark.htm
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