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Un bourg comme
il y en a plein en France. Celui-là est en Basse-Normandie,
traversé par la Nationale 13 et les camions qui passent.
Il n'y a pas grand chose à faire au bourg, les commerces
ont fermé les uns après les autres, remplacés
par les supermarchés de la périphérie, ces
« palais du négoce forcené ».
La manufacture derrière l'église est, elle aussi,
désaffectée. Il reste quelques cafés, un cinéma
et un tabac-journaux. Les habitants vieillissent aussi, comme les
pierres et les murs, et, sans illusions, ils cherchent à
vendre leurs maisons aux promoteurs qui écument le coin,
promettant aux Parisiens le calme et l'authenticité de la
vie aux champs, si rustique quoi !
C'est là que vivent Sabine et Alicia. Elles sont amies, lycéennes
et elles traînent leur ennui, leur envie d'ailleurs et leurs
godillots dans les rues du bourg. Elles sont en attente mais elles
ignorent de quoi. Rien à faire sinon subir la routine et
les blagues graveleuses des garçons du lycée. Elles
font alors la connaissance de Mélusine, la nièce du
buraliste, une gothique qui fait parler les commères du bourg,
forcément. Mélusine a déjà pas mal bourlingué
dans sa courte vie et elle se fait peu d'illusions sur les relations
humaines, sur l'amour, le sexe, la valeur de la vie, l'argent, le
sens du mot « avenir ». L'irruption de Mélusine
dans la vie tranquille d'Alicia et de Sabine fait effet de détonateur.
Elles rencontrent aussi Greg, qui traficote avec un promoteur, et
José, le fils de ce dernier, puis Dario, un type glauque
dont la vie n'est pas un long fleuve tranquille ! Elles sortent,
vont en boîte, boivent un peu. Elles ont enfin l'impression
de vivre plus intensément. Jusqu'à ce que les choses
basculent dans le drame, la violence des sentiments et des gestes
peu contrôlés que l'on regrette après, forcément,
alors qu'il est trop tard et que la vie est passée à
la rubrique sordide des faits divers.
Le moins que
l'on puisse dire, c'est que Tout doit disparaître,
encré en noir et rouge, n'est guère optimiste ! On
est pourtant très rapidement happé par la puissance
d'évocation du récit, par l'âpreté et
la justesse du ton. Simon Hureau connaît bien le lieu qu'il
raconte ici, qui existe à des milliers d'exemplaires en France,
qui suinte l'ennui et le désenchantement. Le lieu, chez Simon
Hureau, est d'ailleurs tout aussi important que les personnages.
« Eternel urbain, la vie rurale m'a toujours intrigué.
J'ai nourri une sorte de fascination pour ces bourgs délaissés
par les grands axes de circulation. » Le récit
est ponctué de notations très justes sur l'atmosphère,
les gens qui philosophent sur l'époque, les cancans, ceux
qui « sont des nids à malheur » et que
l'on montre du doigt, discrètement mais avec délectation,
sur le temps qu'il fait, la nostalgie de l'enfance, les «
quatre voies » qui déforment le paysage et la
vie des gens ou bien « l'infâme lueur des réverbères
».
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Simon Hureau
a 29 ans et vit en région parisienne.
Après les arts-déco à Strasbourg, il
participe en 1999 à la création d'une association
de micro-édition multipliant les petits tirages. En
2001, il remporte le deuxième prix Jeune Talent à
Angoulême. Il collabore à de nombreux collectifs
de bande dessinée. Il aime voyager (Togo, Burkina-Faso,
Cambodge, Thaïlande, l'Afrique), l'ornithologie, la naturalisation,
le jardinage, le patrimoine architectural, l'estampe, les
arts plastiques, le cinéma et les livres.
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Dans
ce contexte très précisément rendu, qu'il
met en place en prenant son temps, Simon Hureau installe des
personnages banals, jeunes et déjà sans illusions,
qui se révèlent incapables de contrôler
leurs émotions lorsqu'ils sont confrontés à
l'insolite, à la violence, à l'inconcevable.
C'est véritablement poignant, très maîtrisé
dans le découpage en sept chapitres aux titres laconiques.
On plonge dans ce récit que l'on garde ensuite longtemps
en soi.
Simon Hureau, qui a déjà quelques albums très
intéressants à son actif, dont le Bureau
des prolongations, chez Ego come X (récit
d'un voyage au Cambodge) ou, plus récemment le très
beau Empire des hauts murs, chez
Delcourt, montre qu'il est un véritable auteur, par
la qualité de son écriture et la densité
narrative de ses planches.
Catherine
Gentile
(mars 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en
littérature jeunesse, présidente de l'Association
du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée
de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI
pendant plus de quinze ans.
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http://www.futuropolis.fr
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