|
Secrets
de famille
Cette pièce
en quatre actes, aussi sombre que la forêt qui forme l’arrière-plan
du décor, explore les liens qui unissent quatre personnages
: le père, Jona, la mère, Margaux, leur fils Baptiste
et leur jeune belle-fille, Rosa. Ces deux derniers sont venus vivre
dans la petite ferme familiale ; Baptiste est bien accueilli, de
même que sa femme, mais les parents voient encore en lui le
petit enfant qu’il fut et la comédie de la joie se
métamorphose peu à peu, l’atmosphère
se fait plus étouffante et le maternage de Margaux, la mère,
plus direct ; Jona est plus fantaisiste que sa femme – mais
semble tourmenté par des traumatismes anciens - et il se
prend d’affection pour Rosa, avec laquelle il flirte légèrement.
Baptiste se remémore son enfance solitaire, dans ce lieu
isolé, et raconte à sa femme comment de petites créatures
sylvestres l’entraînaient dans leurs jeux, tandis qu’un
loup, mi-réel, mi-symbolique, rôde dans la forêt…
Quand ce dernier blesse la mère, Baptiste part en chasse…
 |
Les
relations entre les personnages sont changeantes et l'auteure
développe volontiers des ambiguïtés, qui
ajoutent au malaise ambiant. Les rôles s’inversent,
les parents sont tour à tour tyranniques ou enfantins
et les deux autres, bien qu’adultes, se comportent en
enfants. Le laconisme ou la banalité des premiers échanges,
les mots qui ne peuvent pas sortir, laissent ensuite la place
à de longs soliloques dans lesquels chacun y va de
son histoire, de ses désirs impotents et de ses regrets.
Jusqu’à la séparation/réparation
finale, frappante, marquée par la mort du loup, et
qui lève le voile sur Baptiste et sur ses agissements.
Une
interprétation psychanalytique peut être de mise
(le meurtre symbolique du père, l’inceste et
la répression en seraient les clés) car c’est
avant tout l’inconscient des personnages qui intéresse
la dramaturge et la façon dont il se manifeste dans
le discours et dans ses silences.
|
Ainsi, le monologue
final de Margaux, la mère : un flot de paroles (empli de
lapsus et d’une syntaxe au prime abord incohérente,
sans ponctuation) qui imite le flux d’une pensée trop
longtemps canalisée ; ou bien les naïves rêveries
éveillées de Baptiste, adulte infantilisé,
qui amusent Rosa, mais dont on sent qu’elles dissimulent des
paroles retenues et enfouies, peut-être impossibles à
formuler ; les autres paroles en témoignent aussi, les mots
du quotidien, et les comportements qui se font de plus en plus troublants.
Katja Hunsinger, dont c’est la première pièce,
élabore ici un fragile univers de mots et de gestes dont
la lecture ne peut se faire qu’à partir d’une
grille mouvante, qui reconstruit l’histoire d’une famille
et de secrets qui ne demandent qu’à se libérer
de ceux qui les retiennent encore.
B.L.
(juin 2004)

http://www.lespierides.com/in/
|