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mise
en théâtre
du 24 janvier au 18 février 2006
au Théâtre du Méridien - 200, ch. de
la Hulpe 1170 Bruxelles
www.theatredumeridien.be
La Tentation
Traduction et adaptation de Alain van
Crugten
Mise en scène de Stephen Shank
Avec Jacqueline Nicolas, Peter Ninane et Françoise Oriane
Scénographie : Thierry Bosquet
Quand le langage s'emballe
La
fragmentation est le moteur de ces trois récits (ou courts
romans) d'Hugo Claus, écrivain belge flamand, qui (dé)construit
ici trois visions intimes du monde par le biais de narrateurs décalés
et repliés sur eux-mêmes, en désaccord avec
la société qui les entoure. D'abord, Emily Hopkins
(Le dernier lit), qui se présente comme "pêcheuse
de catastrophes", et raconte son existence qui accumule
diverses pseudo-tragédies.
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Enfermée
dans une suite de l'hôtel Louxor, en bord de mer du Nord,
elle écrit dans son petit cahier et écoute son
amie Anna, qui se repose dans la chambre d'à-côté.
Emily, talentueuse pianiste à douze ans, puis enseignante
aux moeurs légères, secoue le petit monde étriqué
de l'école où elle travaille quand elle tombe
amoureuse d'Anna, une jeune femme de ménage... Sur son
cahier "bon marché", elle raconte,
dans le désordre, les lambeaux de sa vie ratée,
et surtout, la haine éprouvée pour sa mère,
à qui elle veut adresser ses mots, comme "un
petit cadeau empoisonné". L'amertume et l'humour
noir qui dominent ce récit créent un malaise délibéré
et les terribles révélations qu'Emily veut faire
nous parviennent comme étouffées, par bribes,
comme un puzzle-délire poignant. |
C'est
certainement moins le cas du deuxième de ces récits,
Une Somnambulation, autre monologue délirant et
obsessionnel, totalement surréaliste celui-là, qui
relate le cheminement incongru d'un homme à la recherche
d'une ancienne maîtresse évanescente, entre rêve
et réalité : ce récit fait davantage l'effet
d'un exercice de style ennuyeux et peu convaincant, qu'il vaut mieux
lire avec légèreté avant de passer à
La tentation : tout comme Le dernier lit, ce récit
ne peut laisser indifférent : c'est l'étonnante plongée
dans la conscience (ou l'âme ?) tourmentée de Soeur
Mechtilde, une religieuse si vieille et si exceptionnelle que la
mère supérieure (une affreuse hypocrite) est prête
à l'exposer aux yeux du monde, au cours d'une drôle
de cérémonie (la soeur n'est pas encore destinée
à être canonisée mais doit recevoir l'Ordre
de Leopold II...).qui vire à la catastrophe quand elle prend
l'évêque pour son ancien mari puis se laisse aller
sur le tapis...
Soeur Mechtilde n'a que faire des honneurs terrestres et méprise
la nouvelle liberté des religieuses ; elle est littéralement
obsédée par son "doux agneau",
son époux spirituel, son "cancer"... Perd-elle
la tête, est-elle folle depuis toujours (ou du moins depuis
qu'elle a embrassé la vie monastique) ou bien possède-t-elle
la lucidité légendaire des fous ? Le lecteur apprécie
sa vivacité d'esprit, son humour acerbe, associés
à une terrible soif d'autodestruction et l'élan de
sa pensée qui tournoie sur elle-même, quand elle s'enivre
de sa propre puanteur, physique et morale (au grand dam des autres
soeurs...) et de sa condition maudite : "Qu'il vienne,
à moi, ver solitaire et cancrelat, car je suis l'inférieure,
la rien de moins que moins que rien, un lit au contraire, qu'il
est là mais point pour moi et moi cronne et brête j'nel'trouve
pas, plus coupable vue de près, avec des pistules et des
stréniles striures dans mon laid corps, pruante, pue rulante,
fondante dans ma forteresse intérieure, mon tout, mon total,
chsus contenne car il rit de moi, mon doux poison, mon péché".
Les mots s'emballent et touchent à vif : une logorrhée
intérieure qui fait penser aux cinglantes phrases d'Antonin
Artaud, un radotage entêtant, tragique, que seul le lecteur
peut entendre.
Blandine
Longre
(mai 2003)

Le
Seuil
http://www.seuil.com
http://www.kirjasto.sci.fi/hclaus.htm
http://www.avoir-alire.com/spip/article.php3?id_article=2061
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