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La
musique des corps
«
L’étoile a pleuré rose au cœur de tes
oreilles, / L’infini roulé blanc de ta nuque à
tes reins / La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
/ Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.»
Arthur Rimbaud
Á l’origine de ce premier roman, il y a une vision
: des enfants comme des notes sur une portée, Doris, Sidonie,
Rémi, Solange etc., naissances mises bout à bout,
partition singulière, petite musique de vie. La vision d’Hugo
Boris, 25 ans, réalisateur et lauréat du Prix du Jeune
écrivain 2003 pour une nouvelle publiée au Mercure
de France.
Le baiser dans la nuque met en scène
deux personnages, Fanny et Louis, leur rencontre autour d’une
naissance, celle de la nièce de Louis, née entre les
mains expertes d’une sage-femme… Fanny ! Cette dernière,
atteinte de la maladie de Beethoven, a quasiment perdu l’audition
en mettant au monde ses propres enfants. Avant de sombrer dans le
silence, elle veut réaliser un rêve d’enfance,
apprendre à jouer du piano. Louis sera son professeur.
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Ainsi,
leur histoire va se nouer au fil des leçons et le désir
sourdre en silence, comme une deuxième partition. Fanny
en quête de l’ouïe (Louis), Louis, attiré
par la Femme énigme, doublement détentrice du
secret de la vie, dans sa chair et de par son métier.
D’un commun accord (!), ils vont échanger musique
des notes contre musique de la vie. Et tandis qu’elle
lui raconte ses journées — Ici, une femme accouche
seule, accroupie dans sa chambre. Là, une autre, endormie
sur un lit métallique, est réduite à
une poche qu’on découpe —, il lui apprend
à accoucher un piano : « Les grands pianistes
ne poussent jamais les touches, ils les tirent. ».
Cette même main qui permettra d’apprivoiser la
surdité, posée sur les cordes nues de l’instrument
; d’apprivoiser la peur de l’inconnu, «
cette forêt qui n’en est pas une ».
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En
virtuose, Hugo Boris compose une partition sensuelle où la
respiration des chapitres, leurs longueurs — parfois simple
monostiche — ménagent le silence et les mots, le blanc
et le noir, à l’image d’un clavier. En écho
à sa prose poétique vient s’entrelacer un célèbre
quatrain de Rimbaud, épigramme à Vénus, lecture
miroir de son roman, jusque dans le dernier vers qui scelle le destin
de la Femme, portant l’Homme à son flanc telle une
blessure empoisonnée, fatale semence, stigmate de l’enfantement,
la morsure d’un baiser dans la nuque.
Maïa
Brami
(décembre 2005)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! paru cet automne aux éditions Circonflexe.
Dernier titre paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005)

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