Le baiser dans la nuque
Editions Belfond, 2005

parution en poche
Pocket, 2007

 

La musique des corps

« L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles, / L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins / La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles / Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.»
Arthur Rimbaud


Á l’origine de ce premier roman, il y a une vision : des enfants comme des notes sur une portée, Doris, Sidonie, Rémi, Solange etc., naissances mises bout à bout, partition singulière, petite musique de vie. La vision d’Hugo Boris, 25 ans, réalisateur et lauréat du Prix du Jeune écrivain 2003 pour une nouvelle publiée au Mercure de France.

Le baiser dans la nuque met en scène deux personnages, Fanny et Louis, leur rencontre autour d’une naissance, celle de la nièce de Louis, née entre les mains expertes d’une sage-femme… Fanny ! Cette dernière, atteinte de la maladie de Beethoven, a quasiment perdu l’audition en mettant au monde ses propres enfants. Avant de sombrer dans le silence, elle veut réaliser un rêve d’enfance, apprendre à jouer du piano. Louis sera son professeur.

Ainsi, leur histoire va se nouer au fil des leçons et le désir sourdre en silence, comme une deuxième partition. Fanny en quête de l’ouïe (Louis), Louis, attiré par la Femme énigme, doublement détentrice du secret de la vie, dans sa chair et de par son métier.
D’un commun accord (!), ils vont échanger musique des notes contre musique de la vie. Et tandis qu’elle lui raconte ses journées — Ici, une femme accouche seule, accroupie dans sa chambre. Là, une autre, endormie sur un lit métallique, est réduite à une poche qu’on découpe —, il lui apprend à accoucher un piano : « Les grands pianistes ne poussent jamais les touches, ils les tirent. ». Cette même main qui permettra d’apprivoiser la surdité, posée sur les cordes nues de l’instrument ; d’apprivoiser la peur de l’inconnu, « cette forêt qui n’en est pas une ».

En virtuose, Hugo Boris compose une partition sensuelle où la respiration des chapitres, leurs longueurs — parfois simple monostiche — ménagent le silence et les mots, le blanc et le noir, à l’image d’un clavier. En écho à sa prose poétique vient s’entrelacer un célèbre quatrain de Rimbaud, épigramme à Vénus, lecture miroir de son roman, jusque dans le dernier vers qui scelle le destin de la Femme, portant l’Homme à son flanc telle une blessure empoisonnée, fatale semence, stigmate de l’enfantement, la morsure d’un baiser dans la nuque.

Maïa Brami
(décembre 2005)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! paru cet automne aux éditions Circonflexe. Dernier titre paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005)

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