|
Sans en posséder
l'ampleur littéraire, ni
la trame alambiquée, The Up and Comer
("celui qui monte, plein d'avenir", un titre
difficilement traduisible tel quel), premier roman de Howard Roughan,
s'apparente aux romans à suspense de Douglas
Kennedy, et ce dernier en fait ouvertement l'éloge,
le qualifiant de "merveilleuse histoire de déclin
et de chute". Philip Randall, qui en est le "héros",
se réjouit de son sort ; jeune avocat de Manhattan promis
à une brillante carrière, il peut se vanter de posséder
des amis fidèles, un patron compréhensif qui l'a pris
sous son aile, une épouse plutôt belle et sophistiquée
(mais surtout très riche), et un superbe loft à Soho.
Avec toute l'assurance et le cynisme joyeux de celui à qui
la chance n'a jamais cessé de sourire, et un peu pour tenter
le destin, il a aussi une maîtresse qu'il rencontre plusieurs
fois par semaines : Jessica, une jeune femme intelligente qui lui
fait un peu oublier sa femme Tracy, plaisante mais affectée,
superficielle à souhait.
Une ombre ne tarde pas à se profiler dans cet idyllique tableau,
puis se matérialise soudain : Tyler, un ancien camarade d'université,
l'antithèse pitoyable de Randall, fait surface et s'infiltre
peu à peu dans son existence ; il a surtout découvert
que Randall dissimulait son aventure extra-conjugale, et pour Tyler
le raté, la tentation de faire chanter cet "ami"
est trop intense pour qu'il puisse y résister. Le jeune avocat
se retrouve bien vite entraîné dans un engrenage meurtrier
inextricable.
| Roman
à suspense, thriller moral et urbain, ce récit
à la première personne retrace avant tout l'itinéraire
tragi-comique d'un homme sans conscience, pour qui l'existence
est un grand tourbillon de plaisirs et qui aime à classer
de 1 à 10, selon l'humeur du moment, ses péripéties
sur une échelle de risques. L'on découvre un univers
parsemé de personnages peu attachants, souvent cyniques,
mais dépeints de manière tout à fait réaliste.
Le talent de l'auteur réside surtout à faire se
chevaucher la tragédie et l'humour, et certaines scènes
demeurent cocasses, lorsque par exemple, Randall est chargé
de défendre la femme de son patron, la fantasque Sally
Devine, pour conduite en état d'ivresse, et qu'elle arrive
en état d'ébriété au tribunal ;
ou encore quand la panique envahit Randall, alors que le mari
de sa maîtresse lui confie ses soupçons. Ainsi,
tout est bien dosé dans ce roman qui est une pure détente,
et l'on prend plaisir à suivre les aventures rocambolesques
d'un petit arriviste qui peu à peu, se métamorphose
en être humain. |
|
Blandine
Longre
(mai 2002)

http://www.10-18.fr
http://www.4thestate.co.uk/
|