The up and comer
(Fourth Estate, 2002)

Infidèle
traduit de l'anglais par d'Elisabeth Peellaert
(Plon, avril 2002
)

parution en poche chez 10/18, juin 2004

 

Sans en posséder l'ampleur littéraire, ni la trame alambiquée, The Up and Comer ("celui qui monte, plein d'avenir", un titre difficilement traduisible tel quel), premier roman de Howard Roughan, s'apparente aux romans à suspense de Douglas Kennedy, et ce dernier en fait ouvertement l'éloge, le qualifiant de "merveilleuse histoire de déclin et de chute". Philip Randall, qui en est le "héros", se réjouit de son sort ; jeune avocat de Manhattan promis à une brillante carrière, il peut se vanter de posséder des amis fidèles, un patron compréhensif qui l'a pris sous son aile, une épouse plutôt belle et sophistiquée (mais surtout très riche), et un superbe loft à Soho. Avec toute l'assurance et le cynisme joyeux de celui à qui la chance n'a jamais cessé de sourire, et un peu pour tenter le destin, il a aussi une maîtresse qu'il rencontre plusieurs fois par semaines : Jessica, une jeune femme intelligente qui lui fait un peu oublier sa femme Tracy, plaisante mais affectée, superficielle à souhait.
Une ombre ne tarde pas à se profiler dans cet idyllique tableau, puis se matérialise soudain : Tyler, un ancien camarade d'université, l'antithèse pitoyable de Randall, fait surface et s'infiltre peu à peu dans son existence ; il a surtout découvert que Randall dissimulait son aventure extra-conjugale, et pour Tyler le raté, la tentation de faire chanter cet "ami" est trop intense pour qu'il puisse y résister. Le jeune avocat se retrouve bien vite entraîné dans un engrenage meurtrier inextricable.

Roman à suspense, thriller moral et urbain, ce récit à la première personne retrace avant tout l'itinéraire tragi-comique d'un homme sans conscience, pour qui l'existence est un grand tourbillon de plaisirs et qui aime à classer de 1 à 10, selon l'humeur du moment, ses péripéties sur une échelle de risques. L'on découvre un univers parsemé de personnages peu attachants, souvent cyniques, mais dépeints de manière tout à fait réaliste. Le talent de l'auteur réside surtout à faire se chevaucher la tragédie et l'humour, et certaines scènes demeurent cocasses, lorsque par exemple, Randall est chargé de défendre la femme de son patron, la fantasque Sally Devine, pour conduite en état d'ivresse, et qu'elle arrive en état d'ébriété au tribunal ; ou encore quand la panique envahit Randall, alors que le mari de sa maîtresse lui confie ses soupçons. Ainsi, tout est bien dosé dans ce roman qui est une pure détente, et l'on prend plaisir à suivre les aventures rocambolesques d'un petit arriviste qui peu à peu, se métamorphose en être humain.

Blandine Longre
(mai 2002)

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