De l'album au roman
L’Horizon
bleu fut d’abord un très bel album au
format à l’italienne, publié en 2002 chez le
même éditeur rouennais, illustré par Yann Hamonic,
dont le dessin magnifique, évident dans son apparente simplicité,
rendait de manière évidente et instantanée
l’absurdité de la guerre, la douleur d’un corps
ou l’horreur éprouvée devant tant de barbarie.
L’éditeur propose dans une version brochée au
prix très accessible le texte de l’album, afin qu’il
puisse être prescrit plus facilement dans les établissements
scolaires, la Première Guerre mondiale étant au programme
des écoles et de 3ème.
Elisabeth et
Pierre s’aiment, ils ont la vie devant eux. Le couple s’installe
dans le petit village d’Haubourdin, dans le Nord, où
Pierre est nommé instituteur. Nous sommes en juin 1914, l’horizon
est bleu et la chaleur pesante. Mais la guerre est déclarée.
Pierre, confiant et fier d’accomplir son devoir, part au front
le 9 août 1914. Ils sont séparés plus de quatre
ans et vivent désormais dans des univers et des langages
différents. Elle est restée au village où la
vie s’écoule lentement, rythmée par les rares
nouvelles du front, les bombardements, les privations. Elle remplace
son mari à l’école, apprend à vivre seule,
à devenir indépendante. Il est au front, vit dans
l’angoisse, la mort, la boue et les ordres absurdes. Il a
le sentiment au fil des mois de perdre son intégrité,
son identité. Ses lettres, de plus en plus espacées,
traduisent son évolution, sa régression, les questions
qu’il se pose et le découragement qui le gagne.
Le récit avance à plusieurs voix, ce qui lui donne
plus de force et de vérité : c’est d’abord
Elisabeth qui raconte, puis on passe à un récit à
la troisième personne, entrecoupé de lettres que les
époux s’envoient ou que Pierre adresse à ses
chers élèves.
Même sans les images, le texte reste fort, dense sur le fond,
par la justesse des sentiments exprimés par les deux personnages,
par la manière dont la guerre est vécue et racontée.
A lire et à faire lire autour de soi.
Dorothée
Piatek est également l’auteur de plusieurs romans historiques
publiés chez le même éditeur : Je
marchais malgré moi dans les pas du diable
( avril 2006) qui raconte à travers François le destin
des familles alsaciennes durant la Seconde Guerre mondiale, contraintes
à l’exode puis au rapatriement ; et Le
Cercle d’or, une trilogie illustrée
par Yann Hamonic, dont l’action se déroule au Moyen
Age.
Catherine
Gentile
(novembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

Cette mise
en espace s'adresse à tout public (théâtres,
bibliothèques, salons du livre et autres manifestations...),
ainsi qu'aux scolaires à partir de huit ans. N'hésitez
pas à contacter la créatrice.
Cie
la Boîte à sel
8 rue Saint benoît
33800 Bordeaux
celinegarnavault@free.fr |
Création
d'une mise en espace de L'Horizon bleu, par Céline
Garnavault - à l’occasion du 19ème salon
du livre d'enfant d' Isle en Haute-Vienne, qui s'est déroulé
du 18 au 20 novembre 2005.
Avec
Sophie Vaslot et la voix de Frédéric Klein
Projections des illustrations de Yann Hamonic
Lumières de Christophe Lescurat
Durée: 40 minutes.
Intentions
La
mise en scène chorégraphie, sur une musique
de Philip Glass, la solitude et l’espoir d’Élisabeth,
qui chaque jour, inlassablement, prépare le retour
de son mari. J’ai voulu plus particulièrement
mettre en avant cette histoire de solitude, d'espoir et d’amour
par correspondance durant la première guerre mondiale.
Il s’agit pour moi de porter un autre regard sur toutes
les histoires contenues dans le texte et les illustrations
de L’Horizon bleu. De dessiner un autre horizon
sur scène, afin, non pas de dévoiler entièrement
le livre, mais plutôt de l’accompagner et d'être
un autre vecteur de transmission pour cette petite histoire
de la Grande Guerre.
Céline Garnavault |
La première guerre mondiale racontée aux enfants
A l’heure
où il ne reste plus qu’une poignée de Poilus
et où les enfants ne savent plus pourquoi le 11 novembre
est un jour férié, L’horizon bleu
vient à point nommé pour remplir le devoir de mémoire.
Pierre et Marie
ont chacun une vingtaine d’années et viennent de se
marier en ce mois de juin 1914. Pierre est instituteur à
Haubourdin, une petite ville du nord de la France et Marie l’aide
à faire la classe ; mais la chaude ambiance estivale cède
bientôt la place à des nouvelles angoissantes : l’Allemagne
et la France entrent en guerre et tous les hommes de 18 à
48 ans sont mobilisés. Peu de temps après, Pierre
part pour le front et Marie reste seule pour s’occuper des
écoliers. Commence alors une très longue période
de séparation où dans Haubourdin occupée par
les Allemands, les problèmes d’approvisionnement en
nourriture et les réquisitions de maisons sont le lot quotidien
des habitants. Les années de guerre passant, les conditions
de vie des combattants et le moral de Pierre se détériorent
au fil des attaques inutiles et des permissions qui n’arrivent
pas. Heureusement, deux amis sont là pour soutenir le soldat
: Gabriel et Henry dont il avait fait la connaissance au Service
National. Lors d’une contre-offensive, Pierre est blessé
et doit passer plusieurs mois à l’hôpital sans
que Marie puisse lui rendre visite. Et les atrocités continuent
avec la mort d’Henry, la désertion de Gabriel (qui
se révèle finalement être un espion allemand)
et Pierre qui est fait prisonnier. Il parviendra cependant à
s’enfuir avec l’aide de Gabriel, qui réapparaît
de manière totalement surprenante. A présent libre,
Pierre, traumatisé par tout ce qu’il a vécu,
n’ose pas renter chez lui et ne le fera qu’après
plusieurs semaines d’errance, au moment de l’Armistice.
L’horizon
bleu est un album très émouvant et une
véritable réussite pour l’écrivain et
l’illustrateur qui signent ici leur premier livre. Avant tout
une histoire d’amour, le scénario permet habilement
de décrire à la fois la vie atroce dans les tranchées
et l’importance du rôle des femmes restées à
l’arrière qui jouent à la fois le rôle
de « mères, ménagères et travailleuses
salariées » et qui, après la guerre, seront
amenées à revendiquer un nouveau statut. Il faut également
souligner l’impact des illustrations au graphisme résolument
moderne et aux couleurs plutôt sombres qui ne cachent rien
de l’horreur de combats mais savent aussi dépeindre
la triste vie d’Elizabeth et des écoliers ; la réussite
de l’album leur doit beaucoup.
Anne
Weber
(avril 2003)

des
mêmes auteurs : Le Cercle d'Or
(Petit à petit)
http://www.petitapetit.fr/
http://www.dorotheepiatek.com/
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