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Fragments
Shrapnels
est un ouvrage parcellaire (cent quatorze chapitres de huit lignes
à cinq pages maximum) à l’image de son titre
aux connotations mortifères (« fragments de bombes
éclatées»). C’est un texte multiple
et original comportant une véritable focalisation interne
: le personnage n’est ni perçu de l’extérieur,
ni nommé. C’est un récit à la troisième
personne, un dégradé subtile du documentaire, du journal
intime, de l’autobiographie, retranscrivant le quotidien de
l’année d’une femme à Bagdad, ville occupée
et meurtrie. L’immédiateté de ce vécu
est restituée de façon allusive et médiatisée
sans que jamais le nom du dictateur déchu, les substantifs
« haine » ou « violence » ne soient prononcés.
Pourtant la violence domine le texte et hante les esprits. Perpétuelle
toile de fond, elle est intensément présente sans
être vécue intimement par l’héroïne
principale, protégée, « par des hommes de
sécurité » qui « font les cent
pas, kalachnikov en main », dans sa prison dorée
dotée d’une piscine, « où elle nage,
partagée entre le bonheur et la honte ».

Élisabeth
Horem a séjourné dans plusieurs pays du Moyen-Orient,
ainsi qu’à Moscou et à Prague. Elle vit
actuellement à Bagdad. Elle a publié Le
Ring (1994), Congo-Océan (1996) et Le
Fil espagnol (1998).
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Bagdad,
la ville des Mille et Une Nuits , « ville
immense, d’un style hybride, à la fois oriental
et socialiste », est en réalité un
univers cauchemardesque où l’état de violence
est habituel : «depuis le matin on entend des tirs
dans le voisinage. Comme d’habitude » ; «
On n’y fait absolument pas attention ». Cet
état conflictuel est banalisé. Pourtant les
habitants aspirent à la paix et à une vie «
normale » entre amis, au restaurant, au concert... Et
dans cet univers de tirs, d’explosion de bombes, «
d’enlèvements crapuleux », «
d’attentats à la voiture piégée
», la vie continue, esthétique et fragile
: « les oiseaux chantent à tue-tête
», « un envol de colombes tournoie devant le soleil...
». Mais surtout, la narratrice est loin du réel,
calfeutrée tout à la fois dans Bagdad et en
« marge de Bagdad », puisque protégée
par de hauts murs et des gardes du corps armés, sans
avoir la possibilité de circuler librement dans la
ville en feu.
Shrapnels, texte profondément
littéraire, au statut paradoxalement documentaire,
est une subtile dénonciation de la guerre, sertie par
moment d’un humour léger et bienvenu dans un
contexte explosif.
Annie
Forest-Abou Mansour
(mars 2006) |
Annie
Forest-Abou Mansour, professeur certifié,
docteur ès lettres, est passionnée de littérature,
de critique littéraire, de cinéma et de théâtre.

http://www.campiche.ch/
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