Les Contes d’Hoffmann
Jacques Offenbach
Opéra national de Lyon

jusqu'au 7 décembre 2005

 

Opéra-comique fantastique, 1881
Livret de Jules Barbier

Version basée sur la coédition Michaël Kaye / Jean-Christophe Keck éditée par Scott et Boosey & Hawkes

Direction musicale Marc Minkowski

Mise en scène et costumes Laurent Pelly
Costumière Donate Marchand
Nouvelle version des dialogues et dramaturgie Agathe Mélinand
Décors Chantal Thomas
Eclairages Joël Adam
Chorégraphe Laura Scozzi
Vidéo Charles Carcopino

Mireille Delunsch : Olympia, Antonia, Giulietta, Stella - soprano
Anna Bonitatibus : La Muse, Nicklausse - mezzo-soprano
Sergei Khomov : Hoffmann - ténor
Laurent Naouri : Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto - baryton
Jean-Paul Fouchécourt : Andrès, Cochenille, Frantz, Pitichinaccio - ténor

Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon

Opéra national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45

 

Un opéra fantastique

Superbe soirée à l’opéra de Lyon, avec Les Contes d’Hoffmann, ‘opéra comique fantastique’. C'est le récit des folles amours d'Hoffmann, qui aima 'trois femmes dans la même femme, trois âmes dans une seule âme'. Offenbach avait là quitté ses habitudes d'amuseur pour une oeuvre plus complète et plus sombre, habitée d'accents faustiens (Serguei Khomov campe ici un vrai ténor romantique).

La direction éclairée de Marc Minkowski, au goût très sûr, fait miroiter toutes les facettes de la musique et ne rate jamais une pointe d’humour, que ce soit dans les citations musicales ou les situations comiques. Il exalte la beauté des mélodies, comme le duo de Venise ‘belle nuit, ô nuit d’amour’ rendu avec une élégance rare , sexy et réservée à la fois, soutenu par une mise en scène et un décor, composition en bleu et vert, de la même eau. Mais il sait aussi donner la sécheresse nécessaire à l'air mécanique de la poupée Olympia, et de la vigueur à l'ensemble.

Pour la mise en scène, les différents tableaux sont organisés de façon classique, souvent dépouillée. L'acte d'Antonia se passe dans un appartement presque nu, les scènes de beuverie sont plus suggérées que montrées, avec de beaux réglages des déplacements des choeurs. Mais Laurent Pelly ne se limite pas à un parti pris et n'hésite pas à nous amuser en promenant Olympia dans les airs, ni à nous captiver avec des éclairages dramatiques projetant l'ombre du diable. Invention et précision sont mises au service du livret, ôtant de sa confusion à l'histoire. Elle devient très lisible, et les spectateurs peuvent s'abandonner sans effort au spectacle.

La distribution, excellente et homogène, utilise au mieux les atouts de chacun. Mireille Delunsch, émouvante en Antonia, sait se montrer légère en automate, puis lyrique et séduisante. Elle termine la scène de la poupée sur un grave époustouflant - et un éclat de rire de la salle. Ana Bonitatibus prête avec aisance son beau timbre de mezzo au rôle de Nicklausse, et Jean-Paul Fouchécourt déploie son talent comique notamment dans le domestique Frantz aux aspirations artistiques. Laurent Naouri , parfait par sa présence et sa voix, se montre drôle et inquiétant, irrésistiblement méphistophélique. Superbe spectacle donc, qui met en valeur ces Contes, et incite aussi à se rendre aux ‘petits’ Offenbach (Monsieur Choufleuri, L’île de Tulipatan et Le voyage dans la lune) également mis en scène par Laurent Pelly, proposés cette saison par l’Opéra hors-les-murs.

Laurence Tourniaire
(novembre 2005)

l'Opéra de Lyon
http://www.opera-lyon.org