Miriam ou les voix perdues
Syros, 2004
à partir de 13 ans

 

L’écriture poétique de Jo Hoestlandt

L’histoire de Miriam commence comme celle des contes dans lesquels on parle de bonheur, de rois et de sorcières. « Notre bonheur, comment le dire avec des mots ? » nous demande Miriam, entourée d’une mère à la voix «fraîche, d’une incroyable beauté» et d’un père dont le « travail secret est de fabriquer des violons ».

Un trio familial dans une pure délectation du bonheur, tel qu’on veut qu’il soit pour « toute la vie». Mais une ombre noire plane et le malheur arrive «comme la neige, en silence, transparent, par surprise, juste un frisson». Lors d’une promenade en forêt, Miriam voit sa mère tomber littéralement à ses côtés «sans un mot, sans un cri », et c’est la mort. L'insupportable, le néant. Après ce choc, son père demeure longtemps sans parler, comme « un rocher » et Miriam élit domicile dans « son » arbre, duquel elle domine sa maison et la tombe de sa mère. Revenant à la vie, son père décide de fabriquer un violon, dont sortira un son aussi mélodieux que la voix de sa mère. Miriam apprendra de son père que l’instrument est fait « d’âme humaine », de souffle, et le petit Mikhaïl de traduire cela en « la mumène », une bête méchante qui rôde. Menace représentée par la guerre qui gronde et qui va s’effondrer sur la vie de Miriam. De son arbre, elle va assister à l’arrestation de son père, de Iulian et du petit Mikhaïl.

L’enfant meurt à elle-même une seconde fois et s’interroge : «est-ce que l’amour ne sert à rien, ne vous protège de rien ? ». Le combat est engagé entre l’âme humaine et la «mumène». Recueillie par Olga, une «vieille mal lunée», qui habite une grotte au cœur de la forêt, Miriam pourra survivre et attendre. Attendre que la haine et la colère en elle laissent la place à l’amour, attendre le retour tant espéré de son père. Le jour où il revient «elle ne le reconnut pas» mais elle court vers lui en se disant : «j’avais si peur que ce ne soit pas lui…j’avais si peur que ce soit lui ». Un mélange d’amour et de souffrance, et alors qu’Olga s’efface pour laisser place à son père elle se demande «s’il faut toujours, dans la vie, accepter de perdre ceux qu’on aime et avancer tout de même sur le chemin qu’on a si peu choisi ? ».
Puis, vient le temps des larmes qui apaise et purifie, parce que «tout est fini, mais pas tout». Dans la musique de son père, Miriam retrouvera ses souvenirs et la voix de sa mère tant désirée, comme une promesse, un avenir.

Ce récit nous donne le plaisir de parcourir l’écriture poétique de Jo Hoestlandt. Le texte se développe parfois dans la répétition, la scansion, tel une complainte, une litanie qui revient à nos oreilles, une petite musique du cœur. Un univers imaginaire qui est le pendant d’un monde cruel, trop réel pour un enfant qui doit trouver les moyens de résister. Miriam devra puiser en elle et autour d’elle la force et la confiance pour réapprendre à vivre. Grâce à l’amour prodigué par ses parents, elle puisera le courage de croire encore au Bonheur et alors « la vie recommencerait, encore plus belle qu’avant, parce que je saurais maintenant comme elle est précieuse, comme on peut tout perdre, en un instant… ».
Un texte qui ne dénonce pas seulement, mais qui questionne et répond comme un écho, avec véhémence.

Cendrine Genin
(novembre 2004)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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L'auteur
http://www.esigge.ch/primaire/batlivre/auteurs/0frames/z-hoestlandt.htm