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Contre
la « musique stercoraire »
Violoniste (sous
le pseudonyme de Claude Laurence), arrangeur, compositeur, André
Hodeir, qui a voué en grande partie sa vie au jazz, compte
aussi, au nombre de ses multiples activités, l’écriture
: celle du musicologue, du critique (rédacteur en chef de
Jazz Hot, notamment), mais aussi celle de l’écrivain.
A la suite de deux romans, Le rire de Swann,
son second recueil de nouvelles après Si seulement
la vie (Joëlle Losfeld, 2001), en témoigne.
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On
l’aurait deviné, c’est la musique qui tisse
la trame thématique de l’ensemble. Mais c’est
bien l’art de la narration qui en assure la qualité
formelle ; l’art des narrations, faudrait-il plutôt
dire. Car ce qui préoccupe ici l’auteur, ce n’est
pas de parler de la musique en soi (« La critique
musicale me semble, sauf exception, fort ennuyeuse »,
écrit-il dans une « Coda » explicative),
mais plutôt d’évoquer les êtres dans
leur rapport avec elle. En même temps, il s’agit,
semble-t-il, de réhabiliter la vraie musique, celle qui
s’adresse à des auditeurs (et en l’occurrence
à des lecteurs) dont le « porte-monnaie culturel
» n’est pas vide : celle de Mozart plutôt
que celle de Rossini, celle de Charlie Parker plutôt que
celle de Johnny Hallyday, bref la musique de qualité
(de génie) plutôt que celle que Swann appelle «
stercoraire » (donc relative aux excréments, ce
qui n’est pas un jugement inoffensif). |
Alors, dans
ces histoires purement fictives ou inspirées par des anecdotes
réelles, anciennes ou actuelles, et même mordant sur
l’anticipation, on rencontre des personnages inconnus ou célèbres,
en tout cas d’une réjouissante diversité ; des
interprètes talentueux, des chefs habiles, des enfants précoces,
des présentateurs de télévision roublards,
des Résistants au port obligatoire du baladeur, des trombonistes
en proie aux rivalités, et même Franz Xavier Süssmayr
refusant de s’effacer devant la gloire de Mozart, Schubert
fulminant contre l’usage que Pagnol a fait de sa Belle
Meunière ou Louis Marchand, le compositeur et virtuose
français, fuyant Dresde devant le génie de Jean-Sébastien
Bach !
André
Hodeir a l’art de plier la musique à sa prose, et inversement
; l’art de faire du sensible avec le sérieux, du drôle
avec le dramatique, du littéraire avec le musical ; l’art
de contribuer à remplir, pour notre plaisir et notre culture,
notre « porte-monnaie culturel ».
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

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Littérature
et musique - page thématique
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