La lumière du détroit
(Titre original : Kaikyo no Hikari)
traduit du japonais par Corinne Atlan
Folio Gallimard, 2003

 

De la difficulté de s’imposer

Longtemps employé sur le ferry Yoteimaru, assurant la liaison dans le détroit de Tsugaru entre Hondo et Hokkaido, Saîto travaille désormais comme gardien de prison dans le centre pénitentiaire de Hakodate. Alors que la construction d’un tunnel entre les deux îles s’apprête à mettre un terme aux traversées du ferry, Saîto voit arriver parmi les détenus un de ses anciens camarades de classe, Osamu Hanai, qui lui a fait subir dans sa jeunesse les pires humiliations
- traumatisme renforcé par la mort du père de Saîto, pêcheur disparu en mer, à la même époque -. Il profite de ce hasard pour observer le comportement de cet individu, autrefois haï, et maintenant rabaissé au statut de simple prisonnier.

Toujours en proie à un complexe d’infériorité vis à vis de son ancien tortionnaire, Saîto tente de trouver la faille dans l’attitude de Hanai : tout en faisant preuve d’exemplarité dans l’apprentissage du métier de marin, ce dernier adopte vis à vis de ses codétenus le même comportement dominateur que dans sa jeunesse. Contre toute attente, au moment d’obtenir une mise en liberté conditionnelle, Hanai tente de s’évader et est rattrapé par Saîto. Ce renversement des rôles permet enfin à Saîto de prendre un ascendant moral sur Hanai et de lui rappeler des propos blessants tenus lors de leur séparation, 19 ans plus tôt : « A l’avenir, il faut que tu deviennes plus fort, et que tu développes une personnalité bien à toi. ». Exorcisant ainsi le malaise qui l’habitait depuis l’adolescence, Saîto aborde enfin la vie avec sérénité.

Dans ce court roman empreint de la froide mélancolie souvent présente dans la littérature japonaise, Hitonari Tsuji dépeint avec justesse et sensibilité les sentiments d’un homme en mal d’existence, pour qui les retrouvailles avec un passé douloureux constitueront la chance d’une nouvelle vie. La réussite de La lumière du détroit repose sur l’ambiguïté de la relation entre le gardien de prison et son détenu, le plus libre n’étant peut-être pas celui qui semble l’être. Hitonari Tsuji, également connu au Japon comme chanteur de rock, est l’un des écrivains les plus célèbres de sa génération, son roman Le bouddha blanc a reçu le prix Femina étranger en 1999.

Olivier Weber
(septembre 2003)

Gallimard
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