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De la
difficulté de s’imposer
Longtemps employé
sur le ferry Yoteimaru, assurant la liaison dans le détroit
de Tsugaru entre Hondo et Hokkaido, Saîto travaille désormais
comme gardien de prison dans le centre pénitentiaire de Hakodate.
Alors que la construction d’un tunnel entre les deux îles
s’apprête à mettre un terme aux traversées
du ferry, Saîto voit arriver parmi les détenus un de
ses anciens camarades de classe, Osamu Hanai, qui lui a fait subir
dans sa jeunesse les pires humiliations
- traumatisme renforcé par la mort du père de Saîto,
pêcheur disparu en mer, à la même époque
-. Il profite de ce hasard pour observer le comportement de cet
individu, autrefois haï, et maintenant rabaissé au statut
de simple prisonnier.
Toujours en
proie à un complexe d’infériorité vis
à vis de son ancien tortionnaire, Saîto tente de trouver
la faille dans l’attitude de Hanai : tout en faisant preuve
d’exemplarité dans l’apprentissage du métier
de marin, ce dernier adopte vis à vis de ses codétenus
le même comportement dominateur que dans sa jeunesse. Contre
toute attente, au moment d’obtenir une mise en liberté
conditionnelle, Hanai tente de s’évader et est rattrapé
par Saîto. Ce renversement des rôles permet enfin à
Saîto de prendre un ascendant moral sur Hanai et de lui rappeler
des propos blessants tenus lors de leur séparation, 19 ans
plus tôt : « A l’avenir, il faut que tu deviennes
plus fort, et que tu développes une personnalité bien
à toi. ». Exorcisant ainsi le malaise qui l’habitait
depuis l’adolescence, Saîto aborde enfin la vie avec
sérénité.
Dans ce court
roman empreint de la froide mélancolie souvent présente
dans la littérature japonaise, Hitonari Tsuji dépeint
avec justesse et sensibilité les sentiments d’un homme
en mal d’existence, pour qui les retrouvailles avec un passé
douloureux constitueront la chance d’une nouvelle vie. La
réussite de La lumière du détroit
repose sur l’ambiguïté de la relation entre le
gardien de prison et son détenu, le plus libre n’étant
peut-être pas celui qui semble l’être. Hitonari
Tsuji, également connu au Japon comme chanteur de rock, est
l’un des écrivains les plus célèbres
de sa génération, son roman Le bouddha
blanc a reçu le prix Femina étranger
en 1999.
Olivier
Weber
(septembre 2003)

Gallimard
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