de Biljana Srbljanovic

mise en scène André Wilms

avec Marc Bodnar, Evelyne Didi, Hélène Lapiower, Atmen Kelif

au TNP, Villeurbanne
26 février - 3 mars 2002
Théâtre de la Colline, Paris
16 mars - 14 avril 2002

 

du même auteur : Supermaché / La Chute (Editions de l'Arche, 2001)

TNP, Villeurbanne
04 78 03 30 00
Théâtre National de la Colline, Paris XXe
01 44 62 52 52

 

"Notre société se fonde, encore et toujours, sur la famille, et se reflète en elle", dit Biljana Srbljanovic, dont l'une des pièces (montées dans l'Europe entière) est jouée pour la première fois en France. C'est ainsi que Histoires de famille fait l'état des lieux de la Serbie, nous en offrant une noire parodie familiale : le père, la mère, l'enfant et... le chien. Des histoires de famille créées de toutes pièces par des enfants, qui ont investi un terrain vague recouvert de décombres : ils jouent aux adultes, à "la famille serbe", reproduisant ce et ceux qu'ils connaissent sans doute le mieux, et les rôles ont été distribués, certainement depuis longtemps : Voïn s'est désigné comme "le Serbe, le chef de la maison", Milena est sa femme (qui n'a que le droit de se taire ou d'être battue) et leur fils Andria "joue" à désobéir, s'insurgeant timidement contre la tyrannie paternelle ; il rêve de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ses terribles géniteurs (en réalité ses camarades de jeu) : la mère braillarde mais soumise et le père égoïste, avare et violent. Ainsi les parents se disputent, hurlent ou tiennent d'affligeants propos, l'enfant fantasme et joue à les tuer et le chien, lui (ou elle ?) attend un peu d'attention de la part de maîtres qui ont érigé le mensonge et la lâcheté en valeurs suprêmes. 
Les intrigues sont saugrenues, souvent malsaines, le jeu est cruel et les histoires se terminent mal (le plus souvent par des morts), et pourtant l'humour est là, qui ne réconforte guère, mais qui permet au public de se distancier des situations macabres ou choquantes. Car ce qui doit choquer, ce n'est pas tant le dysfonctionnement familial (et donc social) auquel nous assistons, mais plutôt l'origine de ces graves perturbations, la cause de ces existences perdues et frustrées : la fable politique saute aux yeux, tout en restant discrètement dans l'ombre, dissimulée par la notion de double jeu simultané (celui des enfants et celui des comédiens...) et l'allégorie demeure légère, sans didactisme appuyé.

Le totalitarisme risible et orgueilleux du père est particulièrement bien rendu : tout à sa paranoïa, il se gargarise de maximes prémachées et pensées pour lui ("l'homme est l'ennemi de l'homme", "les murs ont des oreilles"...) et insiste pour que son fils récite la terrible devise qui résume les motivations de ses actes : "Un homme intelligent respecte la règle : la tête dans le sable, le cul contre le mur"... Brillante incarnation nationaliste, il pratique le fascisme au quotidien, reflet direct des gouvernants serbes, mais pas seulement... Seule échappatoire, la fuite, l'émigration forcée (une impulsion toute naturelle que l'auteur elle-même a refusé de suivre, lors des bombardements de Belgrade). Ce microcosme familial où tout est perverti, où les valeurs morales se retrouvent anéanties, est une allégorie sociale incisive, mais dépourvue d'espérance : une vision sombre, grotesque et drolatique tout à la fois, un théâtre qui donne à rire et à penser, et qui pourrait, selon le voeu naïf de Biljana Srbljanovic, "transformer le monde".

Blandine Longre
(février 2002)



"Les héros de cette pièce ne sont pas des pauvres, ni par leur caractère, ni par leur vie quotidienne. Ce sont les citoyens d'un pays ruiné."
Biljana Srbljanovic

Biljana Srbljanovic a trente et un ans - la lettre "r" se lit "eur", et son nom se prononce approximativement : Biliana Serblianovitch. Elle vit et écrit à Belgrade où elle enseigne à l'Académie des Arts dramatiques et collabore aux activités du théâtre Atelje 212. Depuis 1997, La trilogie de Belgrade, Histoires de famille, La chute s'imposent sur toutes les scènes d'Europe et la création mondiale de Supermarché par Thomas Ostermeier et les comédiens de la Schaubühne de Berlin a lieu le 15 juin 2001 au Festival de Vienne.
Introduites en France par Ubavka Zaric, une jeune femme de son âge et de sa langue, mais d'un autre pays de l'ex-Yougoslavie, ces pièces - à paraître à L'Arche Éditeur - ont été à l'affiche du Théâtre National de Strasbourg, du Festival d'Avignon et du Théâtre du Peuple de Bussang." Michel Bataillon

"Cette pièce est un bloc de littérature, une énigme, une météorite venu d’un pays si loin si proche. Puisse cette météorite s’écraser sur le Théâtre de la Colline et provoquer une joyeuse déflagration dans nos cerveaux engourdis."
André Wilms

 

TNP
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L'Arche éditeur
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Biographie
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