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D'abord créée
en 1973 à Marseille par le Théâtre des Jeunes
Années, reprise sept ans plus tard à Lyon, Histoire
aux cheveux rouges fut composée peu de temps après
La marche à l'envers
et l'on y retrouve sans peine la même veine poético-réaliste
cultivée par Maurice Yendt : un savant mixe d'allégorie
engagée et de travail sur le langage.
Histoire
aux cheveux rouges, un exposé qui dénonce
le racisme ordinaire en remontant aux sources et en analysant les
conséquences de la xénophobie, n'a certainement rien
perdu de son actualité car ce que l'auteur écrivait
il y a presque vingt ans est toujours patent... Le talent de Maurice
Yendt réside dans sa manière de raconter les choses,
de transmettre un message politique avec délicatesse, sans
manichéisme. La pièce raconte le périple d'Amer,
un jeune homme aux cheveux rouges, forcé de quitter sa mère
et son Pays de Cuivre, une terre aride et désolée,
qui vit au rythme de ses musiques, mais aussi du soleil et de la
sécheresse. Amer a décidé d'aller chercher
du travail au Pays Bleu, de l'autre côté de la frontière,
et de revenir un jour au Pays de Cuivre pour y construire une maison
d'argile à sa mère. Amer a souvent rêvé
de ce Pays Bleu, mais ce qu'il y trouve en réalité
est loin de ce que son imagination avait construit... Un pays où
les habitants (aux cheveux bleus) lui réservent un accueil
glacial, où tous le regardent de travers, soupçonneux,
intolérants, voire violents. Le jeune homme a de l'instruction
et tente de trouver du travail, en vain. Humilié, découragé,
il trouve cependant du réconfort auprès de Méthylène
(on apprécie l'inventivité de l'auteur...), une jeune
fille (aux cheveux bleus, bien sûr !) qui brave sa mère
afin de passer quelques instants avec Amer.
Mais au pays bleu, les gens ne sont pas si heureux que ça...
La couleur bleue, qui domine même le langage, est en réalité
une contrainte imposée par le maréchal Cobalt, un
dictateur qui a décrété le règne du
bleu, le rêve d'un fou qui ne jure que par la pureté
de la couleur... Puis, soudain, en partie grâce à Amer,
aidé par un savant qui ne supporte plus l'uniformité
de son pays, les habitants du Pays Bleu se lassent des chants de
propagande de Mme Télévision Bleue, et découvrent
d'autres couleurs (et pas seulement le rouge cuivré du pays
d'Amer...)
Histoire
aux cheveux rouges est une fable intelligente et cocasse,
où le thème de la couleur prévaut : une opposition
binaire rouge-bleu qui fonctionne parfaitement dans le contexte
(on se souvient d'une autre fable, cinématographique celle-là,
celle du Garçon aux cheveux verts de Joseph Losey,
un film sorti en 1948). Les jeunes spectateurs, de même que
le lecteur, apprécient la transposition et la comprennent
sans mal : quelques remarques disséminées çà
et là en disent parfois davantage que de longs discours,
et le message de tolérance et de pluralité, ici omniprésent,
s'en trouve grandi.
Blandine
Longre
(décembre 2002)
Maurice
Yendt,
auteur et metteur en scène, a écrit 28 pièces,
dont La marche à l'envers
et Ce
qui couve derrière la montagne. Il
est également le créateur et le directeur du Théâtre
des Jeunes Années, Centre Dramatique National, et depuis
1977, avec Michel Dieuaide, le co-directeur artistique de la Biennale
du Théâtre Jeunes Publics de Lyon.
On le retrouve au TJA en mars 2003, pour la mise en scène
de La fille aux Oiseaux,
une pièce
de Bruno Castan.

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