Histoire aux cheveux rouges
(Les cahiers du soleil debout, Lansman Editeur, 2002)



D'abord créée en 1973 à Marseille par le Théâtre des Jeunes Années, reprise sept ans plus tard à Lyon, Histoire aux cheveux rouges fut composée peu de temps après La marche à l'envers et l'on y retrouve sans peine la même veine poético-réaliste cultivée par Maurice Yendt : un savant mixe d'allégorie engagée et de travail sur le langage.

Histoire aux cheveux rouges, un exposé qui dénonce le racisme ordinaire en remontant aux sources et en analysant les conséquences de la xénophobie, n'a certainement rien perdu de son actualité car ce que l'auteur écrivait il y a presque vingt ans est toujours patent... Le talent de Maurice Yendt réside dans sa manière de raconter les choses, de transmettre un message politique avec délicatesse, sans manichéisme. La pièce raconte le périple d'Amer, un jeune homme aux cheveux rouges, forcé de quitter sa mère et son Pays de Cuivre, une terre aride et désolée, qui vit au rythme de ses musiques, mais aussi du soleil et de la sécheresse. Amer a décidé d'aller chercher du travail au Pays Bleu, de l'autre côté de la frontière, et de revenir un jour au Pays de Cuivre pour y construire une maison d'argile à sa mère. Amer a souvent rêvé de ce Pays Bleu, mais ce qu'il y trouve en réalité est loin de ce que son imagination avait construit... Un pays où les habitants (aux cheveux bleus) lui réservent un accueil glacial, où tous le regardent de travers, soupçonneux, intolérants, voire violents. Le jeune homme a de l'instruction et tente de trouver du travail, en vain. Humilié, découragé, il trouve cependant du réconfort auprès de Méthylène (on apprécie l'inventivité de l'auteur...), une jeune fille (aux cheveux bleus, bien sûr !) qui brave sa mère afin de passer quelques instants avec Amer.
Mais au pays bleu, les gens ne sont pas si heureux que ça... La couleur bleue, qui domine même le langage, est en réalité une contrainte imposée par le maréchal Cobalt, un dictateur qui a décrété le règne du bleu, le rêve d'un fou qui ne jure que par la pureté de la couleur... Puis, soudain, en partie grâce à Amer, aidé par un savant qui ne supporte plus l'uniformité de son pays, les habitants du Pays Bleu se lassent des chants de propagande de Mme Télévision Bleue, et découvrent d'autres couleurs (et pas seulement le rouge cuivré du pays d'Amer...)

Histoire aux cheveux rouges est une fable intelligente et cocasse, où le thème de la couleur prévaut : une opposition binaire rouge-bleu qui fonctionne parfaitement dans le contexte (on se souvient d'une autre fable, cinématographique celle-là, celle du Garçon aux cheveux verts de Joseph Losey, un film sorti en 1948). Les jeunes spectateurs, de même que le lecteur, apprécient la transposition et la comprennent sans mal : quelques remarques disséminées çà et là en disent parfois davantage que de longs discours, et le message de tolérance et de pluralité, ici omniprésent, s'en trouve grandi.

Blandine Longre
(décembre 2002)

Maurice Yendt, auteur et metteur en scène, a écrit 28 pièces, dont La marche à l'envers et Ce qui couve derrière la montagne. Il est également le créateur et le directeur du Théâtre des Jeunes Années, Centre Dramatique National, et depuis 1977, avec Michel Dieuaide, le co-directeur artistique de la Biennale du Théâtre Jeunes Publics de Lyon.
On le retrouve au TJA en mars 2003, pour la mise en scène de La fille aux Oiseaux, une
pièce de Bruno Castan.

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