de György Pàlfi

Film hongrois (2002)
durée : 1h15mn

avec Ferenc Bandi, Józsefné Rácz, Agi Margitai...

en salles le 1er octobre 2003

 

hic (de crimes en crimes)

Hic, premier film d’un tout jeune réalisateur hongrois, György Pàlfi, révélation européenne aux European Film Awards 2002 et prix spécial du jury à Saint-Sébastien en 2002, s’inspire d’un macabre fait divers d’empoisonnement collectif qui a touché la Hongrie dans les années 20, faisant 2000 victimes ! Un film aussi surprenant que son titre, onomatopée symbolisant un des seuls sons humains proférés dans ce film : le hoquet persistant d’un vieillard, rythmant chaque séquence.

On plonge dans la torpeur (hic) d’un petit village hongrois en été, où l’on suit les habitants dans leurs occupations journalières. Peu à peu, on comprend que derrière ce calme apparent, se trame une affaire de meurtre . Le spectateur (hic) doit être très attentif aux détails, aux visages et aux lieux, afin de comprendre l’intrigue, car le réalisateur n’est pas du genre à mâcher le travail ! Tout d’abord, pas de dialogues, les personnages ne parlent pas, au mieux ils profèrent quelques sons. (Hic) Et le plus surprenant, c’est que l’on se fait parfaitement bien à cette absence de paroles, remplacée par les sons environnants (respiration animale, glissement d’un reptile sur une pierre, bruits de vaisselle, sourde atmosphère sous-marine…). Grâce à cette façon de filmer quasi-documentaire, on découvre, ébahis, tous ces détails infimes qui nous échappent à chaque instant.

Ce film, résolument original dans sa réalisation, oscille entre le documentaire (hic) macro, façon Microcosmos (très gros plans sur abeilles, ruches, flore en pousse accélérée…), entre un réalisme cru et sans complaisance à la Dardenne (Rosetta ou Le Fils), et un Baraka pour l’absence de dialogue. Les seules paroles apparaissent dans les chansons finales du mariage, où le fait divers est transcris en une sorte de comptine populaire, nous expliquant (hic) le contenu blanchâtre de ces fioles remises sous le manteau par une vieille paysanne : le fameux poison si utile si l’envie vous en prenait de devenir veuve !
Le décalage entre le moderne et l’ancien (hic) donne parfois des effets très surprenants, comme cette authentique bergère écoutant son walkman, ou ce micro-onde, faisant vraiment tache dans une cuisine de ferme dénuée de tout. D’autre (hic) contrepoints sous-tendent le film, celui entre la Nature et la Machine : un gros plan sur des clochettes de muguet en train d’éclore, suivi de près par un plan macro sur la portière de voiture qui claque accompagné du bruit violent ; ou celui opposant progrès inventé par l’homme et tradition. On se croirait facilement au début du siècle, (hic) avec des fermiers ramenant l’eau du puits à l’aide d’une charrette à cheval, alors quelle surprise de voir un avion supersonique passer sous le petit pont de pierre !
Avec Pàlfi, on a l’impression de découvrir le monde avec des yeux nouveaux : on voit avec les yeux du poisson qui dévore l’hameçon, on ressent l’angoisse viscérale de la taupe sentant venir le coup de pioche sur la tête du fond de sa galerie. (hic) On ne peut qu’admirer la qualité de la réalisation : l’image est très nette, et même si l’on semble parfois tomber dans le documentaire, l’angle de vue proposé reste toujours très personnel ! Par contre, ces agrandissements et ces décalages parfois exagérés prêtent à sourire : est-il vraiment utile de voir la radiographie du squelette du vieux paysan en train de manger, pour bien montrer le chemin du poison dans son corps ? Et la longueur de certains plans n’arrange rien. Comme (hic) ce gros plan sur le visage buriné du vieillard hoquetant, qui finit par irriter...
Malgré ces petits « hic », ce film inclassable est à voir. A l’opposé de toutes conventions, il ne cesse de nous surprendre, l’on en ressort plus attentif aux menus détails de la vie, et l’on ne peut plus regarder le (hic) hoquet du même œil !

Emilie Jullin
(septembre 2003)

European Film Awards 2002 Révélation européenne de l'année
San Sébastien 2002 Prix spécial du jury - nouveaux réalisateurs
Paris 2003 Mention spéciale du jury
Cottbus 2003 Prix spécial du jury - Prix du public
Hong Kong 2003 Grand prix
Santa Fé 2002 Grand prix

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