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Anatomie
farfelue de la liberté
Huis-clos extravagant,
Monsieur Paul est l’œuvre
du dramaturge allemand Tankred Dorst (né en 1925), œuvre
de 1994 résolument en phase avec notre époque. Un
jeune héritier ambitieux, Helm (Cédric
Zimmerlin), vient déloger un vieil homme tranquille,
Paul (Rémy Carpentier) et sa sœur Louise (Béatrice
Jeanningros) d’un immeuble en ruine ; mais les choses ne tardent
guère à se compliquer, Paul se montrant d’une
placidité parfaite, lorsque surgissent tour à tour
l’explosive fiancée de Helm, Lilo (Lori Besson), puis
une petite fille attardée, sauvage et fragile, Anita (Morjane
Kjäck Faraoun), et enfin le bailleur de fonds intéressé
par le bâtiment, Schwarzbeck (Denys Laboutière).
Derrière
sa bonhomie gourmande, derrière sa passivité d’imbécile
heureux ou de sage clochard (il pue comme Diogène), Monsieur
Paul, impeccablement campé par Rémy Carpentier, a
tous les dons possibles, mais il a surtout celui d’amener
les autres à être eux-mêmes. Il met un point
d’honneur à ne rien posséder, à ne tenir
à rien, à vivre hors des choses pratiques, hors d’un
monde dont il a fait le tour (ancien taxidermiste, il a tout étudié,
et particulièrement l’anatomie — ce qui l’a
conduit à cette vie modeste, faite de repas improvisés
et d’amusements légers) ; mais cette gentillesse déroutante
de simplicité réussit, dans les cris et les ébats,
à démasquer tout un chacun et à le ramener
à son essence : Anita, l’idiote, à laquelle
M. K. Faraoun insuffle une troublante profondeur, et qui peut symboliser
l’inconscient collectif meurtri de nos sociétés
mercantiles, Anita danse et rit avec Paul ; Lilo, infirmière
délurée, débordante de vie, d’altruisme
et d’imagination, libère grâce à l’apaisant
Monsieur Paul son énergie ravageuse, en un jeu de théâtre
dans le théâtre tonitruant (et le public est tout aussi
conquis par Lori Besson) ; et Helm, fougueux, irritable bientôt
irrité, voire furieux, Helm sombre dans un ridicule macabre,
digne, grâce au talent de Cédric Zimmerlin, des Rubrique-à-brac
de Gotlib. Mais quel chaos, autour du calme Paul !
Tous les personnages
éclatent ; seul Paul garde sa mine réjouie et son
appétit truculent. La mort rôde autour de cette nef
des fous, que Gilles Chavassieux, en metteur en scène toujours
inspiré, baigne régulièrement dans les ténèbres,
avant de laisser errer quelques lumières oniriques, entre
les échafaudages en volute sur lesquels on veut crucifier
l’Homme Libre, Paul, qui n’a rien demandé à
personne. Nul ne sortira propre de cette danse macabre ; mais sous
les savons et la poussière, entre les plumes et les morceaux
de chair, dans cette belle impureté, le spectateur trouvera
cette force vitale par laquelle le théâtre transcende
l’existence même.
Nicolas
Cavaillès
(mars 2004)
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Tankred Dorst vit à Munich, auteur
reconnu en Allemagne, il reçoit les prix prestigieux
Gerhard Hauptmann et Georg Büchner. En France trois de
ses textes sont publiés : Fernando Krapp, La grande
imprécation devant les murs de la ville, Moi , Feuerbach.
On se souvient de la forte mise en scène de Toller
par Patrice Chéreau.
"Le théâtre est l’une des
grandes inventions de l’humanité, au même
titre que la découverte de la roue ou la maîtrise
du feu". (Trankred Dorst, message international
pour la journée mondiale du théâtre, 26
mars 2003)
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30
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Avec
Lori Besson, Rémy Carpentier, Morjane Kjäck Faraoun,
Béatrice Jeanningros, Denys Laboutière,
Cédric Zimmerlin
Co-production Théâtre Les Ateliers /ENSATT
A
paraître chez l’Arche-Editeur
Texte français
Bernard Lortholary
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Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
http://iti.unesco.org/pages/wtd/03wtdbiof.htm
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/D/dorst2.htm
http://www.alyon.org/generale/theatre/sergent/les_pieces/moi
Gilles
Chavassieux
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/chavassieux.htm
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