29 mars - 3 avril 2005
Théâtre Les Ateliers, Lyon


de
Tankred Dorst
Mise en scène G. Chavassieux

 

Anatomie farfelue de la liberté

Huis-clos extravagant, Monsieur Paul est l’œuvre du dramaturge allemand Tankred Dorst (né en 1925), œuvre de 1994 résolument en phase avec notre époque. Un jeune héritier ambitieux, Helm (Cédric Zimmerlin), vient déloger un vieil homme tranquille, Paul (Rémy Carpentier) et sa sœur Louise (Béatrice Jeanningros) d’un immeuble en ruine ; mais les choses ne tardent guère à se compliquer, Paul se montrant d’une placidité parfaite, lorsque surgissent tour à tour l’explosive fiancée de Helm, Lilo (Lori Besson), puis une petite fille attardée, sauvage et fragile, Anita (Morjane Kjäck Faraoun), et enfin le bailleur de fonds intéressé par le bâtiment, Schwarzbeck (Denys Laboutière).

Derrière sa bonhomie gourmande, derrière sa passivité d’imbécile heureux ou de sage clochard (il pue comme Diogène), Monsieur Paul, impeccablement campé par Rémy Carpentier, a tous les dons possibles, mais il a surtout celui d’amener les autres à être eux-mêmes. Il met un point d’honneur à ne rien posséder, à ne tenir à rien, à vivre hors des choses pratiques, hors d’un monde dont il a fait le tour (ancien taxidermiste, il a tout étudié, et particulièrement l’anatomie — ce qui l’a conduit à cette vie modeste, faite de repas improvisés et d’amusements légers) ; mais cette gentillesse déroutante de simplicité réussit, dans les cris et les ébats, à démasquer tout un chacun et à le ramener à son essence : Anita, l’idiote, à laquelle M. K. Faraoun insuffle une troublante profondeur, et qui peut symboliser l’inconscient collectif meurtri de nos sociétés mercantiles, Anita danse et rit avec Paul ; Lilo, infirmière délurée, débordante de vie, d’altruisme et d’imagination, libère grâce à l’apaisant Monsieur Paul son énergie ravageuse, en un jeu de théâtre dans le théâtre tonitruant (et le public est tout aussi conquis par Lori Besson) ; et Helm, fougueux, irritable bientôt irrité, voire furieux, Helm sombre dans un ridicule macabre, digne, grâce au talent de Cédric Zimmerlin, des Rubrique-à-brac de Gotlib. Mais quel chaos, autour du calme Paul !

Tous les personnages éclatent ; seul Paul garde sa mine réjouie et son appétit truculent. La mort rôde autour de cette nef des fous, que Gilles Chavassieux, en metteur en scène toujours inspiré, baigne régulièrement dans les ténèbres, avant de laisser errer quelques lumières oniriques, entre les échafaudages en volute sur lesquels on veut crucifier l’Homme Libre, Paul, qui n’a rien demandé à personne. Nul ne sortira propre de cette danse macabre ; mais sous les savons et la poussière, entre les plumes et les morceaux de chair, dans cette belle impureté, le spectateur trouvera cette force vitale par laquelle le théâtre transcende l’existence même.

Nicolas Cavaillès
(mars 2004)


Tankred Dorst vit à Munich, auteur reconnu en Allemagne, il reçoit les prix prestigieux Gerhard Hauptmann et Georg Büchner. En France trois de ses textes sont publiés : Fernando Krapp, La grande imprécation devant les murs de la ville, Moi , Feuerbach. On se souvient de la forte mise en scène de Toller par Patrice Chéreau.
"Le théâtre est l’une des grandes inventions de l’humanité, au même titre que la découverte de la roue ou la maîtrise du feu". (Trankred Dorst, message international pour la journée mondiale du théâtre, 26 mars 2003)

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Avec
Lori Besson, Rémy Carpentier, Morjane Kjäck Faraoun, Béatrice Jeanningros, Denys Laboutière,
Cédric Zimmerlin

Co-production Théâtre Les Ateliers /ENSATT

A paraître chez l’Arche-Editeur
Texte français
Bernard Lortholary

 

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com

http://iti.unesco.org/pages/wtd/03wtdbiof.htm

http://www.arche-editeur.com/Catalogue/D/dorst2.htm

http://www.alyon.org/generale/theatre/sergent/les_pieces/moi

Gilles Chavassieux
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/chavassieux.htm