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Action,
éthique, esthétique.
Journaliste,
fondateur d’Opération Villages Roumains, de Causes
Communes, initiateur des Ambassades de la démocratie locale,
écrivain, inventeur d’émissions de télévision
et de radio citoyennes et militantes (on en passe), Paul Hermant
est visiblement un homme d’action, mais aussi de réflexion
et d’écriture. Dans Tous les fleuves vont
à la mer (« De la démocratie »,
Bruxelles, 1993), il pratiquait méditation et récit
chronologique à propos d’Opération Villages
Roumains, fondée en 1988 pour lutter contre la « systématisation
» des villages décidée par Ceausescu.
Au
temps pour moi abrite, derrière le double jeu
verbal du titre et du sous-titre, une marqueterie de formes littéraires
qui alternent et s’associent, fondée sur les troubles
et les espoirs d’une Europe à la charnière de
deux siècles, dont l’un s’est terminé
avec les murs politiques « qu’on abat »
et la libre circulation, et l’autre commence avec les illusions,
les exils et les aberrations économiques. Une marqueterie
qui se compose de sept motifs multipliés et entrecroisés
(Verbatim, Viatique, Reprise, Correspondances, Fable, Histoire,
Billet) et de textes écrits à des moments diversement
représentatifs de la période 1989-2004.
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Dans
cette juxtaposition combinant esthétique et efficacité,
de quoi est-il question ? De la Roumanie et de sa « révolution
», après les affres de la période Ceausescu
et les résolutions d’OVR ; de Causes Communes et
de la guerre yougoslave, de ses horreurs et de ses ambiguïtés
; de la Belgique, de la France, de l’Europe, de l’immigration
(l’épisode entre autres exemplaire de ces deux
enfants afghans sauvant des restrictions budgétaires
une école belge) ; de l’engagement pour la paix,
mettant en jeu le rêve de « renvoyer dos à
dos les bellicistes de tout poil » et de préserver
la liberté et la diversité ; de l’humanitaire
et de l’humain (que le premier oublie parfois) ; de la
« citoyenneté », si difficile à définir
(« Peut-on être citoyen d’un réseau
? ») ; des amis, toujours là ou disparus… |
Les destinées
évoquées ici, destinées individuelles et collectives,
nationales et internationales, valent par elles-mêmes. Mais
il ne s’agit pas que de souvenirs et d’édifiantes
histoires vraies ; Paul Hermant accroche à son «
journal intime » une poésie de l’éthique
et de l’action ; la narration, la description, la réflexion,
la spéculation fondent une écriture à la fois
originale et forte, qui n’exclut pas le ressassement, la réitération,
la psalmodie (comme dans ces listes de noms – noms de communes
européennes ou de compagnons de route –, de dates et
de lieux – accidents et morts de la migration clandestine),
et donnent à l’ensemble une coloration à la
fois tragique et hautement humaine. Véronique Nahoum-Grappe
et Edgar Morin, dans leur postface, ont
bien raison d’écrire : « Cette possibilité
de penser plusieurs choses à la fois et cette capacité
de donner des formes différentes à cette diversité
font que l’on n’est jamais tout à fait dans le
politique, tout à fait dans le poétique, tout à
fait dans le social, tout à fait dans l’éthique,
etc. mais peut-être bien dans le tout à la fois ».
J-P.
Longre
(janvier 2005)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Editions
Les Carnets du Dessert de Lune
30 rue Longue-Vie
1050 Bruxelles
dessertdelune@skynet.be
http://www.lautresite.com/new/intentions/index.asp
http://www.ovr.ch/
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