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Un album qui infuse l’esprit
L’album
jeunesse est une nourriture spirituelle capable de contenter les
plus grands appétits. Véritable trésor de sagesse,
il délie les langues, intrigue, interroge, émerveille,
réconforte.
Chez Anne Herbauts, artiste Bruxelloise de 29 ans, lauréate
notamment du Baobab 2003 pour Et trois corneilles…
(Casterman), chaque album est une symphonie, véritable
partition où tout entre en résonance. Mots et images
fusionnent dans une harmonie poétique, elliptique, à
la mesure de la vie, de son mystère, et l’existence
prend soudain un sens.
« J’aime l’impalpable, parler de choses sans
définition, sans consistance. J’ai toujours l’impression
d’être entre le mot, entre l’image, comme en BD
où tout se passe entre les cases, dans le blanc, sorte de
ponctuation, de grosse virgule. » On l’aura compris,
le temps est au centre de l’oeuvre d’Anne Herbauts (25
albums déjà !). Lundi, paru
il y a un an, évoquait la disparition d’un être
cher et l’artiste jouait avec le support : la perte devenait
visuelle, la page blanche, tactile, le grammage du papier diminuait
et le souvenir de l’être aimé finissait par émerger
en transparence, instant poreux où passé, présent
et futur fusionnent.
Avec La lettre, l’album est cette
fois accompagné d’un DVD. L’histoire raconte
la promenade de deux compères, un ours et un raton laveur,
occupés à collecter des « souvenirs de l’été
» dans une enveloppe destinée à leur ami,
Jean. Dans le court-métrage d’animation, Jean ouvre
la lettre et se perd au sens littéral, dans ses pensées.
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Chacun
des « mots trésors » glissés
dans l’enveloppe entre alors dans sa rêverie :
le copeau de bouleau devient oiseau taille-crayon, grelot
et fruit se transforment en un arbre métronome effrayant
qui martèle les secondes, le fil de pêcheur devient
« fil des pensées » — canne
à infuser tenue par un pêcheur tout droit sorti
d’une théière, bol sur la tête et
boule à thé en guise de museau —, tandis
que la plume noire se change en corbeau bavard «percepteur
des mots et pensées ». Ce dernier, brutal
et prétentieux, veut «capturer les pensées
au plus vite, les écrire, les décrire, les inscrire,
les transcrire, les proscrire avant qu’elles ne s’envolent
» contre le gré du pêcheur qui préfère
: «(…) prendre le temps de [les] vieillir
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S’ensuit
une dispute qui brisera le fil des pensées. Ramené
à la réalité, Jean se lève pour préparer
une tasse de thé. Grâce à ses amis, il lui suffira
d’ouvrir la lettre pour réchauffer, colorer, parfumer
les longues journées d’hiver qui s’annoncent.
Que serions-nous sans mémoire ?
Finalement, l’univers d’Anne Herbauts donne l’impression
de plonger dans un rêve d’enfant, où la simplicité
apparente cache la forêt de l’inconscient. Chacun s’y
reflètera donc comme dans un miroir. Et si l’auteur
elle-même se prêtait au jeu, peut-être se reconnaîtrait-elle
sous les traits de Jean, incarnation de l’artiste —
écartelé entre contemplation et création, ambition
et autocensure —, qui pour contenter son désir d’intemporalité,
s’en va pêcher dans l’inépuisable infusion
de ses souvenirs.
Maïa
Brami
(octobre 2005)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après
un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix
Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva
de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins!
à paraître cet automne aux éditions Circonflexe.
Dernier titre paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005)
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http://jeunesse.casterman.com
http://www.casterman.com/anneherbauts/menu.htm
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?id=600
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