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Celle
qui comptait leurs mots.
Dans la cage,
il y a une jeune femme. Elle mène, « dans son cadre
grillagé, une vie de hamster », et son rôle
consiste à « vendre des timbres, peser des lettres,
répondre aux questions idiotes, rendre la monnaie, et, plus
que toute autre chose, à compter des mots aussi innombrables
que des grains de sable, les mots des télégrammes
glissés par le guichet du matin au soir ». Elle
sait que dans sa situation, elle connaît les gens sans qu’ils
le sachent. Parfois elle s’attache à une histoire,
révélée par une correspondance télégraphique,
et aux clients pressés capables d’organiser leurs rendez-vous
d’une manière aussi coûteuse. Ainsi elle se pique
au jeu de la liaison entre le fringant mais désargenté
capitaine Everard et une belle lady. Elle vit la passion par procuration,
étant elle-même promise à l’ennuyeux et
fiable Mr Mudge.
Ce curieux et court roman de Henry James parut en 1898. Bien que
James soit américain, il faisait partie, de longue date,
de la société londonienne, où il vivait depuis
plus de vingt ans. Ses œuvres plus importantes, comme le
Portrait d’une dame, mettent en scène
des milieux raffinés, généralement aisés
et cosmopolites. Ce qui est curieux ici, c’est l’attention
portée à une héroïne obscure, que l’auteur
respecte et étudie avec le même soin qu’un personnage
plus brillant. Contrairement à ce que l’on pourrait
croire, il n’y a pas de snobisme, ni de condescendance. La
jeune femme renâcle devant la nécessité de sa
vie étriquée, mais est capable d’y faire face,
et ne se perd pas dans ses rêves. Les clients de l’agence
postale lui paraissent vivre dans un fleuve d’or : mais elle
tarde un peu à se faire muter au nord de Londres, comme l’en
presse son fiancé qui désire l’épouser
et acheter une maison adaptée à leurs moyens, car
cette richesse et cette haute société sont pour elle
à la fois inaccessibles et utiles — une bouffée
d’air, une nourriture pour son imagination.
L’écriture de James, toujours d’une grande élégance,
est aussi d’une grande précision, n’en disant
jamais trop, captant les sentiments et les aspirations de la jeune
femme, qui n’est pas nommée mais n’en reste pas
moins une vraie personnalité. Les autres, bien qu’ayant
un nom (voire plusieurs avec les pseudonymes utilisés par
les amants) apparaissent davantage comme des caractères de
comédie : fiancé modeste mais ambitieux, officier
clinquant mais falot, grande dame scandaleuse.
| Un
dernier trésor à découvrir dans cette
centaine de pages imprimées serré : la description,
en toile de fond, de la société citadine victorienne,
des gens ni très pauvres, ni très riches, leurs
conditions de vie et de travail. Ainsi apprend-t-on que la
poste se trouve dans une épicerie, et que notre demoiselle,
entourée de papiers dans sa cage, perçoit les
effluves mêlés de jambon et de savon, et fait
parfaitement la différence, télégrammes
ou pas, entre les commis de magasins et les oisifs fortunés.
Ainsi devine-t-on l’âpreté du sort de ces
femmes, au travers parfois d’une touche d’humour,
telle cette amie de la télégraphiste qui avait
inventé une nouvelle carrière pour les femmes
— avoir ses entrées dans les belles maisons pour
s’occuper des fleurs.
Laurence
Tourniaire
(mars 2003) |
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Hesperus
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Autre
titre d'Hesperus
The Fox (DH Lawrence)
The diary of Adam and Eve (Mark Twain)
The Haunted House (Dickens)
Who killed Zebedee ? (WW Collins)
http://www.kirjasto.sci.fi/hjames.htm
http://www.theatlantic.com/unbound/flashbks/james/jamint.htm
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