(V)ivre
avec le Henri Texier Strada sextet

Holy Lola
B.O. du film"Holy Lola"
(Bertrand Tavernier, sorti 24/11)
avec le Henri Texier Holy Lola Orchestra

(Label Bleu, 2004)

 

Pour le premier enregistrement de son nouvel orchestre, l’Azur quintet faisant place au Strada sextet (sans piano), Henri Texier renouvelle les musiciens (sauf Sébastien, son fils) : Guéorgui Kornazov au trombone, le multi-saxophoniste François Corneloup, Manu Codjia à la guitare et Christophe Marguet à la batterie, tous de jeunes musiciens qu’il embarque fermement dans de nouvelles aventures.
Henri Texier demeure tout à la fois semblable à lui-même et plus volontairement « agressif », voire révolté comme en témoigne les titres de cinq compositions sur les onze présentes (Dance Revolt, Silent Revolt, Ludique Revolte, Decent Revolt et Black March Revolt)…

Ce qui le rapproche de plus en plus du génial Charles Mingus dans la démarche conceptuelle (les œuvres et la composition formelle, le déroulement des titres) comme dans le talent d’instrumentiste, soit une sorte de rage plus affirmée se faisant velours dans Lady Bertrand, composition dédiée au cinéaste Bertrand Tavernier qui fit appel à lui pour écrire la musique de son dernier film Holy Lola (musique du film et non musique de film, nuance pour laquelle il fit appel outre le Strada à Louis Sclavis, Dominique Pifarély, Vincent Courtois, Bruno Chevillon, François Merville et François Pichon).

Il y a donc une inclinaison politique évidente dont les dédicaces sont révélatrices, Gandhi et Blues for L. Peltier ; ce dernier, indien d’origine sioux, étant le plus ancien prisonnier politique détenu aux USA (lire son autobiographie Ecrits de prison, le combat d’un indien, éditions Albin Michel). Ambiance générale survoltée, expression têtue, volontaire, significative de notre époque et de ses soubresauts mondiaux dans ce récit de voyage aux étapes fortement déterminées et auquel tous les musiciens apportent leur contribution dans les solos mais aussi dans les ensembles/alliances subtiles des cuivres (la somptuosité des unissons) : la fluidité et la vélocité de Sébastien à la clarinette, l’énergie tranchante de François Corneloup, les fulgurances de Manu Codjia, les pulsations inventives du bulgare Guéorgui Kornazov, le bouillonnement incessant de Christophe Marguet, la vitalité intacte du leader qui a su garder intact son sens de la mélodie… le tout évoquant comme un écho le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden, un contrebassiste.

On se sent alors pleinement vivre, ivre de sons d’un discours de saine révolte, d’une grande identité artistique qui nous rendent totalement (V)ivre d’un bonheur décuplé à l’écoute maintes fois répétée. La pochette est signée Quy Le Querrec, complice de longue date.

Jacques Chesnel
(décembre 2004)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

voir aussi : Strings' spirit Azur Quintet (Label Bleu, 2002)

http://www.label-bleu.com

http://www.maitemusic.com/