Pour le premier enregistrement
de son nouvel orchestre, l’Azur quintet faisant place au Strada
sextet (sans piano), Henri Texier renouvelle les musiciens (sauf
Sébastien, son fils) : Guéorgui Kornazov au trombone, le
multi-saxophoniste François Corneloup, Manu Codjia à la guitare
et Christophe Marguet à la batterie, tous de jeunes musiciens
qu’il embarque fermement dans de nouvelles aventures.
Henri Texier demeure tout
à la fois semblable à lui-même et plus volontairement « agressif »,
voire révolté comme en témoigne les titres de cinq compositions
sur les onze présentes (Dance Revolt, Silent Revolt,
Ludique Revolte, Decent Revolt et Black March
Revolt)…
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Ce qui le rapproche de plus
en plus du génial Charles Mingus dans la démarche conceptuelle
(les œuvres et la composition formelle, le déroulement des
titres) comme dans le talent d’instrumentiste, soit une
sorte de rage plus affirmée se faisant velours dans Lady Bertrand, composition dédiée
au cinéaste Bertrand Tavernier qui fit appel à lui pour
écrire la musique de son dernier film Holy Lola (musique
du film et non musique de
film, nuance pour laquelle il fit appel outre le Strada
à Louis Sclavis, Dominique Pifarély, Vincent Courtois, Bruno
Chevillon, François Merville et François Pichon). |
Il y a donc une inclinaison
politique évidente dont les dédicaces sont révélatrices, Gandhi
et Blues for L. Peltier ; ce dernier, indien d’origine
sioux, étant le plus ancien prisonnier politique détenu aux
USA (lire son autobiographie Ecrits de prison, le combat
d’un indien, éditions Albin Michel). Ambiance générale survoltée,
expression têtue, volontaire, significative de notre époque
et de ses soubresauts mondiaux dans ce récit de voyage aux étapes
fortement déterminées et auquel tous les musiciens apportent
leur contribution dans les solos mais aussi dans les ensembles/alliances
subtiles des cuivres (la somptuosité des unissons) : la
fluidité et la vélocité de Sébastien à la clarinette, l’énergie
tranchante de François Corneloup, les fulgurances de Manu Codjia,
les pulsations inventives du bulgare Guéorgui Kornazov, le bouillonnement
incessant de Christophe Marguet, la vitalité intacte du leader
qui a su garder intact son sens de la mélodie… le tout évoquant
comme un écho le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden,
un contrebassiste.
On se sent alors pleinement
vivre, ivre de sons d’un discours de saine révolte, d’une grande
identité artistique qui nous rendent totalement (V)ivre d’un
bonheur décuplé à l’écoute maintes fois répétée.
La pochette est signée Quy
Le Querrec, complice de longue date.
Jacques
Chesnel
(décembre 2004)
Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

voir
aussi : Strings' spirit Azur
Quintet (Label Bleu, 2002)
http://www.label-bleu.com
http://www.maitemusic.com/