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Le
roman n’est pas que fiction
Au XXe siècle,
la fiction romanesque fut en France un terrain inépuisable
de remises en causes irrigué par des vagues de contestation
successives. Ce « courant critique » majeur (qui n’occulte
pourtant pas la fidélité à la tradition chez
certains écrivains), anticipé par Flaubert et, ailleurs,
par James Joyce, Virginia Woolf, Hermann
Broch, Robert Musil, s’en prend au phénomène
de l’illusion et aux artifices du récit, pour mettre
en valeur la force du style et les subtilités de la construction.
Ce faisant, les romanciers explorent des voies narratives nouvelles
qui aboutissent à la pluralité du roman actuel.
Henri Godard
est l’un des spécialistes les mieux placés pour
étudier l’évolution et les bouleversements récents
du genre. Editeur pour la Bibliothèque de la Pléiade
des romans de Céline et de Queneau
ainsi que des Ecrits sur l’art de Malraux, auteur
d’études sur ces derniers et sur Jean Giono et Louis
Guilloux, il a publié en 2003, sous le titre d’Une
grande génération, un ouvrage-somme
sur les romanciers dont l’un des points communs les plus décisifs
fut la marque indélébile que laissa la guerre de 1914
: outre les précédents, Montherlant, Malaquais, Sartre,
Simon. S’il s’agissait là de voir l’Histoire
comme porteuse d’une littérature, Le roman
modes d’emploi s’attache à la littérature
comme porteuse d’une histoire, dans son évolution propre,
de Paludes de Gide à La vie mode d’emploi
de Perec (notons au passage que le titre choisi, démarquant
celui de Perec, suggère un parallèle entre roman et
vie).
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Entre
ces deux pôles, Henri Godard retrace dans le détail
les différents « modes » (pluriel significatif)
d’écriture romanesque, en s’intéressant
aux « révolutions » et aux « offensives
» (Proust, Delteil Soupault, Aragon), aux « parenthèses
» à caractère existentiel (Malraux, Giono,
Bernanos, Bataille, Sartre, Camus), aux recherches sur le statut
du narrateur retrouvé ou remis en question (Céline,
des Forêts, Sarraute, Simon), sur les genèses (Genet),
les règles (Queneau), les rapports avec le réel
(Antelme) et avec le temps (Jouhandeau, Sarraute, Simon, Dujardin),
aux « limites extrêmes » (Roussel, Beckett)…
On voit dans ces va-et-vient que le souci de l’auteur
n’est pas de dresser la chronologie du roman au XXe siècle,
mais bien d’en recomposer le puzzle. Deux index, l’un
traditionnel (auteurs et œuvres), l’autre plus rare
et d’autant plus judicieux (notions) permettent des cheminements
suivant des itinéraires sans cesse renouvelés. |
En montrant,
exemples probants à l’appui, que le roman n’est
pas que fiction, « mais aussi qu’il ne peut se passer
d’elle ni longtemps ni tout à fait », Henri
Godard atteint pleinement son but : « Ressaisir dans son
unité pour dégager la logique de son développement
un mouvement multiple mais cohérent et circonscrit dans le
temps ».
Jean-Pierre
Longre
(décembre 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.gallimard.fr/
du
même auteur
Une Grande Génération
Céline, Malraux, Guilloux, Giono, Montherlant, Malaquais,
Sartre, Queneau, Simon - Gallimard, 2003.
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