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Pouvait-on imaginer
que la lettre Z pût faire l’objet de 220 pages bien
remplies ? Jean-Luc Hennig l’a non seulement imaginé,
mais réalisé, dans cet « inventaire »
qui n’a de « petit » que l’épithète,
et qui, dépassant largement les limites du simple relevé,
est une mine d’anecdotes historiques, littéraires,
lexicales… Pourquoi une lettre de l’alphabet ? Pour
le plaisir de s’y promener « comme dans un jardin
». Pourquoi le Z ? Pour chercher l’âme de
« la dernière de toutes les lettres »,
d’une lettre qui, dans ses zigzags, « est une énigme
», mais, par sa position finale, « fait exister
le A » (et le reste).
Si l’auteur de résiste pas au plaisir rabelaisien (ou
perecquien) des énumérations, à la poésie
des sonorités mystérieuses, selon les occasions, l’ouvrage
est aussi et surtout une somme de science, d’érudition,
de réflexion.
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Non seulement on y apprend une quantité de mots dont
on ne soupçonnait pas l’existence (savez-vous
qui sont Zinpuziquequoazisi, Zapadliski ou Zanabazar ? Savez-vous
ce que sont la zuzar, le Zaocys, le zikr et le zar ?), mais
on y trouve des renseignements inattendus et précis
sur toutes sortes de sujets, parmi lesquels on n’a que
l’embarras du choix : l’histoire de la bière
(le « zythos » antique), du zèle, de la
fermeture à glissière (le zip), du zénana
(mot hindi désignant « l’appartement des
femmes musulmanes »), de la zizanie, des zazous, du
zen, de la zététique, du zéphyr, du zeugma,
du zéro, de Zénon d’Élée,
qui « introduisit l’infini dans la pensée
occidentale » (et dont l’auteur aurait pu
rappeler qu’il fit naguère l’objet d’un
texte oulipien de Jean Lescure, un tautogramme en Z intitulé
« Z’ai nom Zénon »)…
La liste pourrait se prolonger à l’infini. |
Bref, une quantité
impressionnante de références historiques, linguistiques,
cinématographiques, artistiques et surtout littéraires,
de l’antiquité à nos jours, de l’Orient
à l’Occident. Il n’est pas rare de trouver sur
quelques lignes plusieurs noms d’écrivains (des exemples
? P. 210 : Leiris, Daumal, Voltaire, Shakespeare, Jankélévitch,
Amiel ; p. 214-215 : Flaubert, Valéry, Allais, Gide, Fénéon,
Perec…), et on n’en finirait pas de décliner
ceux que le Z appelle (et inversement). Une mention spéciale
pour Queneau, qui fut zouave, qui écrivit
les Ziaux, des chansons interprétées par Zizi Jeanmaire,
et, bien sûr, est le père de Zazie (qui pratique elle-même
familièrement la sonorité Z et les parcours en zigzags).
Le Z est compatible
avec toutes sortes de thèmes, et chaque chapitre s’emploie
à en épuiser un : les origines et l’histoire
du Z, le Z africain, le Z et la nature animée, le Z et la
vue (y compris celle que l’on a des astres et des divinités),
le Z et l’effervescence (ce qui bouillonne et fermente), le
Z et la cuisine, le Z et les mouvements rapides, la violence du
Z, le Z et les femmes (parmi lesquelles l’éditeur aura
eu plaisir à remarquer Zulma, « la plus belle,
la plus étrange de nos belles amoureuses »), le
Z rebelle, le Z rigolo, le Z obscène, le Z zen, le Z et le
souffle (où l’on apprend que zéro est le chiffre
du vent), la dualité du Z (et ses acrobaties).
L’inventaire
est-il complet ? On ose espérer que non, qu’il y a
de la place pour d’autres trouvailles (une petite histoire,
par exemple, des noms savoyards suffixés en –Z, comme
La Clusaz, La Forclaz, La Féclaz, Servoz, le Semnoz, les
Carroz – un Z d’ailleurs que les autochtones ne prononcent
pas), des trouvailles et surtout des histoires et de l’invention.
Car si ce livre « excentrique » a les avantages du dictionnaire
ou de l’encyclopédie, il a aussi et surtout ceux du
vagabondage, de la surprise, de la séduction poétique
qui sollicite l’imaginaire.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2004)
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la "Pléiade", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

du même
auteur : Martial
(Fayard, 2003)
http://www.zulma.fr
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