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Un
polar à la campagne.
Il faut bien
le reconnaître : le Hubert, héros des histoires que
nous concocte Bruno Heitz depuis quelques années, n’est
pas un privé ordinaire ! C’est un privé à
la cambrousse, loin des images d’Epinal et des détectives
qui hantent les romans noirs américains d’avant guerre,
loin des ténébreux en imperméable mastic, en
feutre, en costume froissé, en proie au blues. Le Hubert,
c’est un autre genre de type, un rustique, qui porte une veste
à carreaux sous un polo avachi, et une belle casquette authentique,
qui se déplace sur sa mobylette poussive et pétaradante
dans la campagne pas toujours riante de Beaulieu-sur-Morne. Peut-être
que le seul point commun que l’on pourrait trouver à
Hubert avec les grands privés de la belle époque,
ce serait son penchant pour la bouteille et le temps qu’il
passe au bistrot du village, quand il a des sous !
Le Hubert vit donc dans la France très profonde des années
cinquante et comme il s’ennuie à faire l’épicier
chez la mère Favergeot, une rapia exemplaire, et qu’il
s’intéresse à ces concitoyens, il décide
de devenir détective et réussit là à
résoudre quelques affaires délicates, à exhumer
de bien douloureux secrets de famille, à élucider
des vengeances qui courent parfois sur plusieurs générations
…
On a fait sa connaissance dans Un privé à
la cambrousse, publié au Seuil en 1996 et Hubert
a ensuite peaufiné sa technique et dépensé
quelques bidons d’essence pour sa mobylette dans six autres
aventures : Une magouille pas ordinaire, Le Bolet de
Satan, Les Fantômes du garde-barrière, Virage dangereux,
Au bout du canal et Chambre froide.
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Mais
que se passe-t-il à Beaulieu-sur-Morne ? Quelle est
cette agitation soudaine à l’Hôtel de la
Cloche ? Qui est ce Belge qui y séjourne et qui possède
une si belle Lancia ? Pourquoi les gosses du village se ruent-ils
tous sur lui ? C’est ce qu’aimerait comprendre
Hubert, notre enquêteur propriétaire de l’épicerie
tenue radinement par la mère Favergeot et d’une
mobylette.
Renseignements pris, il s’avère que l’Etranger
qui provoque une telle ruée est un dessinateur d’illustrés,
celui qui raconte les « histoires d’un gamin
avec son chien, le Loulou ! ». Hubert n’en
revient pas ! « C’est vrai que ça a
l’air de rapporter, la fabrication d’illustrés
! », s’étonne-t-il, lui qui ne lit
que le journal local quand il s’en sert pour envelopper
les légumes qu’il vend aux commères du
village !
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Mais pour l’heure,
le Hubert a d’autres soucis en tête : il doit payer
ses impôts fonciers alors qu’il n’a pas les sous.
Deux solutions s’offrent à lui : gagner de l’argent
et / ou amadouer le maire pour qu’il arrange son affaire chez
le receveur. Pour arriver à ses fins il accepte de veiller
sur la voiture en panne du dessinateur belge puis se lance à
la recherche de la Marguerite, que l’on n’a pas vue
au village depuis un sacré bout de temps. Qui sont les deux
individus louches qui se sont installés chez elle ? Pourquoi
s’intéressent-ils de si près au Belge ? Au cours
de son enquête, Hubert découvre avec stupeur qu’il
ignore où se trouve la Syldavie. Il est temps pour lui de
se cultiver un peu. Peut-être qu’un peu de lecture l’aiderait…
L’idée
de l’album est plaisante : l’irruption d’une vedette
dans un village de la France profonde et la manière dont
les aventures de Tintin vont, en quelque sorte, réunir les
gens du village, petits et grands, humbles ou notables, qui deviennent,
chacun à leur manière, de véritables tintinophiles.
L’action se déroule en 1958, date de la parution de
Tintin au Tibet et l’album montre une France encore
très rurale, dans laquelle les choses bougent fort lentement.
Le récit est émaillé de nombreuses notations
très justes sur l’atmosphère, sur la manière
de penser et d’agir de l’époque. On s’amuse
à voir les diverses utilisations du journal, à visiter
le bistrot tabac, seul point de vente des illustrés, on sourit
face à la réaction de certains villageois devant les
enfants qui s’usent les yeux à lire ! Bruno Heitz excelle
dans ce genre qu’il a inventé en bande dessinée,
le polar rural, raconté à la première personne,
et dessiné en noir et blanc dans un dessin efficace et sans
fioritures qui sert à merveille le récit. L’ombre
de monsieur Hergé plane sur l’album et ses biographes
devront sûrement revoir leurs copies après la lecture
de ce récit très jubilatoire !
Catherine
Gentile
(janvier 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

Voir
aussi
L'Archipel Tintin (Les Impressions nouvelles)
Tintin et l'Alph-Art (Casterman)
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