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Hélène Bessette
Pourquoi Hélène
Bessette est-elle morte dans l’indifférence générale
en 2000, après treize romans publiés en rafale chez
Gallimard de 1953 à 1973 ? Depuis Lili pleure,
son premier livre, elle affirmait talent, absence de concession,
langue qui frappe juste (et belle avec ça !) : un cocktail
qui devait provoquer un afflux de critiques sur une œuvre atypique.
Et bien non. Soixante-dix huit ans d’écriture pour
trente d’oubli. Femme de pasteur exilée en Nouvelle
Calédonie, puis institutrice amoureuse, du mot, qu’elle
pratiquait comme on enfonce des aiguilles - non comme les petites,
plantées dans les grands méridiens qui drainent l’énergie,
mais comme les grandes qui transpercent le cœur - elle fut
appréciée de Paulhan, Claude Mauriac, Queneau, par
deux fois frôla le Goncourt… et fut mise à l’index.
Sur cet évitement Marguerite Duras, qui la qualifiait d’écrivain
majeur, a risqué une hypothèse : « Je crois
que l’insuccès d’une oeuvre découle de
l’oeuvre elle-même, enfin, c’est une qualité
intrinsèque de l’œuvre. Il se peut très
bien qu’un livre très singulier, très insolite,
soit contrecarré par d’autres livres. »
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Possible.
Mais il doit y avoir d’autres raisons au mystère.
Lesquelles ? Tout est à imaginer, mais depuis quelque
temps, timidement, on s’interroge. Cette année,
quelques articles, notamment dans L’Humanité,
dans sitaudis.com,
le blog de Julien Doussinault et une soirée sur France
culture ont contribué à lever le voile. Il
faut dire que Laure Limongi, avait eu l’idée
de publier, en octobre dernier, un roman inédit,
resté dans les limbes depuis plus de trois décennies
: Le bonheur de la nuit. Prose
poétique qui frôle les couples et leurs systèmes
d’une plume cruelle et drôle. Ainsi, les cris,
les fragments, les jeux de mots, les fulgurances d’écriture
ont strié la nuit de l’omerta littéraire
et hexagonale.
Comment dans cet oubli généralisé le
miracle se fit-il ?
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Il faut remonter
à 1996 pour tirer les fils. Armée de son goût
pour les lettres, de ses dix-neuf années et d’un vade-mecum
patenté pour la Sorbonne, Laure Limongi qui vient de quitter
Bastia, sa maison plongeant sur le port aux deux barques bleues
et les fondants au chocolat de la Taverne, débarque au Quartier
latin, quartier latin. Là entre deux cours de littérature
comparée sur les Grands chicaneurs du siècle des Lumières,
elle déjeune en compagnie d’une amie réchauffée
et néanmoins lorraine, à la terrasse de la SorbonnA
et y frissonne devant une escalope frites. Nous sommes en février.
C’est là que l’apparition se fait. Un bout de
papier volette devant se yeux pendu à un fil. «
N’avez-vous pas froid ? » suggère le papillon,
usant d’un titre de l’exilée parachutée
(puis bannie) de la rue Sébastien Bottin, LNB7. Au bout du
fil, posée sur le rebord du premier étage surplombant
le boulevard Saint-Michel, la tête de Claude Royet-Journoud,
poète, et fou de l’ écrivaine inclassable. Laure
lit, hésite, relit. Gagné ! Elle aime Bessette. Alors
elle dévore tout ce qu’elle peut trouver. C'est-à-dire
très peu. Des livres exhumés de la Blanche, roussis
par le temps et dépenaillés par l’indifférence.
A battre les bibliothèques, elle se fatigue un peu mais n’en
démord pas.
Sept ans plus tard, alors qu’elle écrit elle-même
des textes littéraires difficilement classables, fragments
poétiques, retors, secrétant de secrètes images
tels que Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il
s’appelle Jacques ou Fonction Elvis, elle découvre
les travaux de Julien Doussinault sur l’œuvre omise.
Par là-dessus, les enfants de l’écrivain lui
donnent des nouvelles et les droits sur les oeuvres. Laure Limongi
publie donc.
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Ce
printemps, un deuxième titre : MaternA.
Réquisitoire transfiguré contre le monde de
l’Education et la jalousie conjuguée au féminin,
textes liés par les vociférations, les astuces,
l’humour et l’ invention totale car les audaces
littéraires y sont revisitées y compris la
typo et la ponctuation, en avance, même sur Les
fleurs bleues du Queneau des années
50 (et comment voulez-vous qu’on ait l’air novateurs,
nous après ça ? ), la musique hachée
qui isolait HB, en avance de deux générations,
fait d’elle, trente ans plus tard, une soliste incomparable.
Soliste suivie, sans doute, bientôt par les chœurs.
Le reste ? Vous le savez, il apparaît sur les blogs
et dans des articles de plus en plus nombreux, B7 est sur
orbite. Lisons donc Bessette.
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Jocelyne
Sauvard
(juin 2007)
Jocelyne
Sauvard est écrivain (romans, théâtre)
et journaliste. Elle anime aussi une émission littéraire
sur Idfm98, "Parlez-moi la vie". http://www.jocelynesauvard.fr

Lire
aussi
Fonction Elvis de Laure Limongi, Editions
Léo Scheer, 2006
http://www.leoscheer.com/
http://www.lnbessette.fr/lnbessette.html
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