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Le
rêve britannique selon Brian : une farce à ne pas prendre
à la légère...
Satire sociale
qui malmène avec un grand savoir-faire littéraire
la fière Albion et ses représentants, Speak
for England ne cesse de confronter deux visions antagonistes
: celle d'un pays voué à se transformer, à
suivre le flux de l'histoire et des évolutions sociales,
versus celle d'un univers figé, fondé sur
des valeurs obsolètes (qui certes auraient participé
à la "grandeur" de l'empire britannique…),
l'Angleterre rétrograde des public schools et des
châtiments corporels comme mode éducatif efficace.
Celle-ci est incarnée par une colonie d'irréductibles
anglais, coupée du monde depuis des décennies, après
un accident d'avion survenu en 1958 : un microcosme régi
à la perfection selon des règles surannées
et quasi totalitaires... Quand Brian Marley (lors d'une expérience
extrême, à travers un jeu de télé réalité
intitulé "Brit Pluck, Green Hell, Two Million",
qui tourne mal) tombe par hasard sur cette population encerclée
par la jungle, il pense être la proie d'hallucinations ; contrairement
à cette espèce rare (l’"homo Britannicus")
qui vit dans l'espoir de connaître un jour la terre promise
(l'Angleterre...), Brian, un quadragénaire divorcé
et sans le sou, est l'illustration vivante du déclin d'un
pays en proie au chômage et à la grisaille du socialisme
perverti de Tony Blair. Au contact de ces "authentiques"
Anglais (auxquels il a toujours souhaité, inconsciemment,
ressembler, ne cessant de rêver au bon vieux temps de son
enfance, comme en témoigne la couverture du roman, volontairement
défraîchie, inspirée des histoires qu'il lisait
enfant) il se métamorphose, devient un autre homme - jusqu'au
retour au pays...
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De cette
merveilleuse comédie à la fois sombre et loufoque
se dégage une réflexion politique approfondie
sur l'état actuel de l'Angleterre, toujours tiraillée,
géopolitiquement, entre les États-Unis (la
maintenant célèbre "special relationship"...)
et l'Europe, et sur la façon dont un pays démocratique
peut à tout moment occulter quelques valeurs fondamentales
et permettre à l'intolérance (fondée
sur le rêve inaccessible et passéiste d’une
illusoire grandeur) de s'installer pour de bon - un dérèglement
qui rappelle, dans un tout autre genre, le cauchemardesque
roman de Robin Cook, Quelque
chose de pourri au royaume d'Angleterre…
Ici, c'est néanmoins l'aspect parodique qui l'emporte
(les personnages étant délibérément
sans épaisseur, à la limite de la caricature),
l'auteur faisant preuve d'une grande maîtrise de l'outil
satirique, ne craignant pas d'insister sur les pires faiblesses
et de grossir le trait, quitte à se voir reprocher
une impertinence démesurée ; un roman courageux,
sans complaisance, bref, jubilatoire !
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B.
Longre
(septembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.editionsdelolivier.fr
http://www.randomhouse.co.uk
du
même auteur
Une Mercedes blanche avec des ailerons (A
White Merc With Fins, 1996)
L'Olivier, 1999
Littérature
anglophone
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