Speak for England
J. Cape
, 2005

Pour le meilleur et pour l'Empire
Traduit de l’anglais par Olivier Deparis
L'Olivier, 2007

 

 

Le rêve britannique selon Brian : une farce à ne pas prendre à la légère...

Satire sociale qui malmène avec un grand savoir-faire littéraire la fière Albion et ses représentants, Speak for England ne cesse de confronter deux visions antagonistes : celle d'un pays voué à se transformer, à suivre le flux de l'histoire et des évolutions sociales, versus celle d'un univers figé, fondé sur des valeurs obsolètes (qui certes auraient participé à la "grandeur" de l'empire britannique…), l'Angleterre rétrograde des public schools et des châtiments corporels comme mode éducatif efficace. Celle-ci est incarnée par une colonie d'irréductibles anglais, coupée du monde depuis des décennies, après un accident d'avion survenu en 1958 : un microcosme régi à la perfection selon des règles surannées et quasi totalitaires... Quand Brian Marley (lors d'une expérience extrême, à travers un jeu de télé réalité intitulé "Brit Pluck, Green Hell, Two Million", qui tourne mal) tombe par hasard sur cette population encerclée par la jungle, il pense être la proie d'hallucinations ; contrairement à cette espèce rare (l’"homo Britannicus") qui vit dans l'espoir de connaître un jour la terre promise (l'Angleterre...), Brian, un quadragénaire divorcé et sans le sou, est l'illustration vivante du déclin d'un pays en proie au chômage et à la grisaille du socialisme perverti de Tony Blair. Au contact de ces "authentiques" Anglais (auxquels il a toujours souhaité, inconsciemment, ressembler, ne cessant de rêver au bon vieux temps de son enfance, comme en témoigne la couverture du roman, volontairement défraîchie, inspirée des histoires qu'il lisait enfant) il se métamorphose, devient un autre homme - jusqu'au retour au pays...

De cette merveilleuse comédie à la fois sombre et loufoque se dégage une réflexion politique approfondie sur l'état actuel de l'Angleterre, toujours tiraillée, géopolitiquement, entre les États-Unis (la maintenant célèbre "special relationship"...) et l'Europe, et sur la façon dont un pays démocratique peut à tout moment occulter quelques valeurs fondamentales et permettre à l'intolérance (fondée sur le rêve inaccessible et passéiste d’une illusoire grandeur) de s'installer pour de bon - un dérèglement qui rappelle, dans un tout autre genre, le cauchemardesque roman de Robin Cook, Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre… Ici, c'est néanmoins l'aspect parodique qui l'emporte (les personnages étant délibérément sans épaisseur, à la limite de la caricature), l'auteur faisant preuve d'une grande maîtrise de l'outil satirique, ne craignant pas d'insister sur les pires faiblesses et de grossir le trait, quitte à se voir reprocher une impertinence démesurée ; un roman courageux, sans complaisance, bref, jubilatoire !

B. Longre
(septembre 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

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du même auteur
Une Mercedes blanche avec des ailerons (
A White Merc With Fins, 1996)
L'Olivier, 1999

Littérature anglophone