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Une
photo, une histoire…
Les six dessins
d’Anaïs Vaugelade, en
première de couverture, représentent les épreuves
plus ou moins éclairées d’un même cliché,
le portrait d’une femme coiffée à la mode d’un
vingtième siècle débutant, habillée
d’un haut chemisier à jabot. Il s’agit bien sûr
du personnage prétexte au roman, une grand-mère au
temps de sa jeunesse. C’est l’aïeule d’une
petite polonaise, Sara, mais l’enfant ne se rappelle pas avoir
déjà vu cette photo réclamée par l’oncle
Benjamin dans sa dernière lettre d’Amérique…
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Nous
sommes à Vilna, au début de l’année
1939. Sara a beau passer en revue toutes les boîtes et
tous les albums de la famille, impossible de trouver la mystérieuse
photo. Elle n’est même pas dans le précieux
coffret rouge, au fond de l’armoire de ses parents. Où
est-elle passée ? Pourquoi Raya, sa maman, lui interdit-elle
de demander la photo à la principale intéressée,
c’est-à-dire à grand-mère Hanna ?
D’ailleurs pourquoi est-ce si extraordinaire que cette
dernière soit invitée à New York par l’oncle
Benjamin ? Et pour qui brille cette bougie du souvenir allumée
un beau matin d’hiver par sa mère et grand-tante
Lisa ? Les questions s’accumulent et les pensées
font « de plus en plus de bruit » dans
la tête de Sara… Quant à Raya, elle n’est
vraiment pas comme d’habitude : d’ordinaire catégorique
et plutôt calme, ses réponses deviennent hésitantes
et elle s’emporte pour un rien. |
Tout cela est
bien pesant pour une jeune enfant qui aime comprendre les choses
et fait de son côté tant d’efforts pour garder
la confiance de tous. Elle a l’impression qu’on est
en train de la tromper en lui cachant quelque chose. Elle est aussi
un peu déçue de ne pas pouvoir accompagner Hanna et
Raya à l’exposition universelle aux Etats-Unis. Alors
elle s’obstine et mène l’enquête…
Esther Hautzig débute son récit en situant l’intrigue
avec précision : «Comme j’aime en savoir
le plus possible sur le décor d’une histoire, je m’imagine
que les autres lecteurs en font autant», écrit-elle
en postface.
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Le
cadre paraît d’autant plus authentique qu’il
se nourrit des souvenirs de l’auteur. Vilna, aujourd’hui
Vilnius, capitale de la Lituanie, est chère à
son cœur, c’est la ville de son enfance, période
dorée avant le bouleversement de la guerre. Grâce
aux détails concernant son lieu de vie mais aussi son
quotidien, ses habits et les coutumes religieuses de sa famille,
on se sent vite proche du personnage de Sara ; on craint de
la voir souffrir tant elle s’acharne à vouloir
combattre le non-dit. L’histoire en elle-même est
« ce qui compte le plus », explique encore
Esther Hautzig. Entretenant le mystère, elle nous fait
partager l’excitation de Sara et les progrès de
son enquête ; en même temps, elle décrit
les tourments de son héroïne, parle de ses projets
de journalisme, justifie sa quête de vérité. |
L’auteur
et son personnage parviennent sans mal à convaincre : seule
la sincérité préserve la confiance, les échanges
sereins entre les générations, et peut rendre la famille
vraiment heureuse. Au passage, Esther Hautzig égratigne les
jugements rapides, fondés sur les apparences, et les idées
reçues, véhiculées par certains contes : ainsi
les belles-mères ne sont pas forcément des «
sorcières méchantes et cruelles » comme
Sara semble d’abord en être persuadée…
«
Née d’une petite graine semée par des évènements
réels », développée avec soin en
français par Hélène Misserly, Une
photo de grand-mère est décidément
une belle image du bonheur familial, empreinte de tendresse et de
nostalgie…
Martine
Falgayrac
(octobre 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr
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