La ballade de l’impossible
de Haruki Murakami

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle Belfond, 2007

 

 

 

Les doux oiseaux de la jeunesse

Paru au Japon en 1987, ce beau roman en partie autobiographique a révélé Murakami au grand public, tant au Japon qu’à l’étranger. On ne peut que se réjouir qu’il soit enfin traduit (et apparemment fort bien traduit) en français, tant cette œuvre est un chant à la jeunesse, chant souvent poignant, parfois drôle, toujours prenant.
Le jeune héros, Watanabe, vit ses 17-20 ans dans l’espace de ces pages, et d’autres les vivent avec lui. Roman sociologique : qu’est-ce qu’avoir 17,18,19, 20 ans au Japon dans les années 68 et après, quand on est une fille et qu’on vit seule, ou bien en famille ? Quand on est un garçon et qu’on vit en foyer ? Comment supporter l’ennui des études ? Comment naissent et meurent les révoltes étudiantes, que boit-on (de la bière et des alcool forts, en quantité, et à toute heure), que mange-t-on ? Comment sont les jupes des filles ? Quand se suicide-t-on ?
Un roman d’apprentissage, sur l’amour et la mort. La mort est présente dès le début et revient sans cesse rappeler qu’elle fait partie de la vie, qu’on ne peut vivre en l’oubliant. La mort jeune, le suicide, la folie croisent sans cesse la vie de Watanabe sans qu’il les recherche. Mais il est recherché par eux.
La solitude de tous est immense. Il semble que dans ce monde les gens « intéressants » soient rares. Le héros est accepté sans bien comprendre pourquoi par ceux qui pensent et essaient de vivre un peu en essayant d’échapper à la future aliénation générale. Ils se cherchent, se trouvent, s’influencent, s’aiment, se détruisent, au milieu de l’indifférenciation générale. Ils lisent Scott Fitgerald, Truman Capote, Dickens, … Ils écoutent les Beatles (le titre du livre en japonais est l’équivalent de « Norvegian wood », une belle chanson des Beatles, aux accords nostalgiques de sitar).

Enfin, c’est un roman sur le souvenir : le narrateur a une trentaine d’année quand il évoque cette période sa vie. Elle lui revient avec cette chanson, mais en partie : certains souvenirs sont lumineux, précis, d’autres se perdent, ou arrivent dans un désordre apparent. Cette entreprise de remémoration difficile, qui mêle les temps et les étapes fait de ce récit un puzzle. La construction est très calculée, ne serait-ce que par le nombre de ceux qui meurent et ceux qui vivent (« équilibré », si l’on peut dire, explicitement par l’auteur : trois sur six). Ce puzzle construit très progressivement sa tragédie et mène son héros vers l’âge des choix, entre musiques et errances.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(mars 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

Vient de paraître, chez le même éditeur
Le Passage de la nuit - Traduit du japonais par Hélène MORITA

http://www.belfond.fr/

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