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Les
doux oiseaux de la jeunesse
Paru au Japon
en 1987, ce beau roman en partie autobiographique a révélé
Murakami au grand public, tant au Japon qu’à l’étranger.
On ne peut que se réjouir qu’il soit enfin traduit
(et apparemment fort bien traduit) en français, tant cette
œuvre est un chant à la jeunesse, chant souvent poignant,
parfois drôle, toujours prenant.
Le jeune héros, Watanabe, vit ses 17-20 ans dans l’espace
de ces pages, et d’autres les vivent avec lui. Roman sociologique
: qu’est-ce qu’avoir 17,18,19, 20 ans au Japon dans
les années 68 et après, quand on est une fille et
qu’on vit seule, ou bien en famille ? Quand on est un garçon
et qu’on vit en foyer ? Comment supporter l’ennui des
études ? Comment naissent et meurent les révoltes
étudiantes, que boit-on (de la bière et des alcool
forts, en quantité, et à toute heure), que mange-t-on
? Comment sont les jupes des filles ? Quand se suicide-t-on ?
Un roman d’apprentissage, sur l’amour et la mort. La
mort est présente dès le début et revient sans
cesse rappeler qu’elle fait partie de la vie, qu’on
ne peut vivre en l’oubliant. La mort jeune, le suicide, la
folie croisent sans cesse la vie de Watanabe sans qu’il les
recherche. Mais il est recherché par eux.
La solitude de tous est immense. Il semble que dans ce monde les
gens « intéressants » soient rares. Le héros
est accepté sans bien comprendre pourquoi par ceux qui pensent
et essaient de vivre un peu en essayant d’échapper
à la future aliénation générale. Ils
se cherchent, se trouvent, s’influencent, s’aiment,
se détruisent, au milieu de l’indifférenciation
générale. Ils lisent Scott Fitgerald, Truman Capote,
Dickens, … Ils écoutent les Beatles (le titre du livre
en japonais est l’équivalent de « Norvegian
wood », une belle chanson des Beatles, aux accords nostalgiques
de sitar).
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Enfin,
c’est un roman sur le souvenir : le narrateur a une
trentaine d’année quand il évoque cette
période sa vie. Elle lui revient avec cette chanson,
mais en partie : certains souvenirs sont lumineux, précis,
d’autres se perdent, ou arrivent dans un désordre
apparent. Cette entreprise de remémoration difficile,
qui mêle les temps et les étapes fait de ce récit
un puzzle. La construction est très calculée,
ne serait-ce que par le nombre de ceux qui meurent et ceux
qui vivent (« équilibré », si l’on
peut dire, explicitement par l’auteur : trois sur six).
Ce puzzle construit très progressivement sa tragédie
et mène son héros vers l’âge des
choix, entre musiques et errances. |
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mars 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

Vient
de paraître, chez le même éditeur
Le Passage de la nuit
- Traduit du japonais par Hélène MORITA
http://www.belfond.fr/
littérature japonaise
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